Contre les défaitistes : le réveil français

Le réveil françaisÔ que ce livre fait du bien ! La mode est à la plainte, à l’autoflagellation, en un mot au défaitisme dans ce qui est présenté par certains comme une guerre de civilisation
Or ce discours qui ne vise que le succès médiatique, politique ou financier est loin, très loin de la réalité : la France va bien, et ce livre cherche à montrer tout ce qui marche. Certes tout n’est pas rose, les problèmes sont encore nombreux, mais « quand on voit tout en noir, on ne voit rien ».
« En temps de guerre, les défaitistes sont fusillés. » écrit Joffrin, avant d’ajouter « Nous ne sommes pas en guerre. Mais en temps de crise, les défaitistes doivent être dénoncés.« 

CE QUE J’EN PENSE
Et donc Laurent Joffin dénonce : les polémistes qui cherchent à exister médiatiquement, quitte à transformer les réalités qu’ils dénoncent ; les politiques qui cherchent à prendre le pouvoir en jouant sur les peurs ; les financiers qui cherchent à s’enrichir en reprenant la stratégie du Docteur Knock : inventer aux citoyens des maladies en vendant au prix fort le remède.
Reprenant point par point les preuves de la puissance française identitaire, culturelle, commerciale, économique, et sociale, l’auteur brosse un tableau optimiste (« réaliste » dit-il) pour provoquer l’électrochoc qui redonnera confiance dans le pays. Il dénonce, accuse et contre attaque point par point les négatifs de tous poils.Écrit à chaud après la magnifique réaction du peuple français suite aux attentats du 7 janvier dernier, on sent dans ce livre, qui se lit avec plaisir, toute la rage et la force d’une personne qui y croit et qui souffre de voir ainsi s’étendre le discours pessimiste. On a évidement envie de le suivre mais j’aurai apprécié pour ma part plus de données brutes permettant d’étayer et de diffuser ses arguments.

Le réveil français est publié chez Stock. Voici ce que j’en retiens (les références « p.# » renvoient vers ce livre).

« Depuis l’origine, la République est un combat. Depuis l’origine, la liberté est fragile mais elle triomphe. » (p.13)

laurent_joffrin

 

1. L’identité heureuse

« Ils disent : la France se défait, sa culture décline, ses traditions se délitent, son mode de vie est menacé. […] L’identité française est menacée […] par l’effacement des frontières, l’américanisation des esprits, l’internationale de la communication, les assauts de la technologie, le nihilisme du matérialisme, la décadence des valeurs et, surtout, […] la religion musulmane. » (p. 17)

Ce discours est largement repris, sur tous les médias, parce qu’il est facile, parce qu’il assure de bonnes ventes, de bonnes audiences et qu’il flatte le pessimisme français. Il est bien plus facile de se plaindre que d’agir…

Pourtant, répète Laurent Joffrin : « L’identité française va bien«  (p.23). La culture est vive : le cinéma s’exporte, produit plus de 200 films par an et occupe 40% du marché mondial ; le milieu de l’édition est vif, produit chaque année plusieurs centaines de romans et d’essais, est primé et s’exporte lui aussi dans le monde entier ; les arts plastiques, le théâtre, la musique sont vifs eux-aussi, ouvrent des musées, remplissent les salles de concerts et les festivals, et attirent les artistes du monde entier.
Et cette vitalité, qui permet à l’identité française de diffuser dans le monde entier, est encouragé par l’État grâce au soutien à la création audio-visuelle, le prix unique du livre, le mécénat culturel, et le statut de l’intermittent du spectacle (dont on déplore souvent les abus sans remarquer les avantages)… Le rôle de l’état, souvent critiqué par les conservateurs, est pourtant le premier défenseur de la culture française.

L’Histoire de France, son patrimoine, et ses grands hommes, sont aimés par toutes les catégories sociales : les édifices religieux, entretenus par l’État sont toujours fièrement dressé dans les paysages urbains et ruraux ; les Journées du patrimoine remplissent à chaque édition les lieux publics ; les musées n’ont jamais été autant visités, aussi bien par les touristes étrangers que par les Français… Et si parmi les nombreuses commémorations jalonnant l’année certaines remettent en lumière les pages sombres de l’histoire de France (colonisation, guerre d’Algérie, Vichy, esclavage…), c’est pour mieux mettre en avant que même dans ces moments difficiles, des hommes se sont levés pour défendre les valeurs de la France.

Ainsi l’identité française est forte, riche et bien vivante. « Les menaces qui pèse sur elle ne l’atteindront pas. la France a traversé les siècles, elle s’est relevée de toutes les épreuves, elle a surmonté toutes les crises. Qui peut croire à son effacement ? » (p. 37-38)

En fait, le défaitisme français n’est pas nouveau. Laurent Joffrin le fait remonter à la mort de l’Ancien Régime, où le régime de Terreur et la jacobinisme ont révulsé bon nombre de citoyens qui ont accusé les Lumières d’en être la cause. Depuis, ces idées ont été reprises et développées jusqu’à être toujours entendues aujourd’hui.
Tout part d’un principe fondateur exprimé dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyens : l’universalité de l’Homme, qui est contesté par des gens comme Joseph de Maistre ou Edmund Burke. Leur conception des valeurs est diamétralement opposées à celles de la République et à la démocratie : « l’identité avant l’égalité et la liberté, […] qu’on doit encadrer par la tradition, la religion et les hiérarchies immémoriales. […] A chaque époque, la même idée trouvait des applications différentes : il fallait rejeter les Lumières au nom de la réalité, les droits de l’homme au nom de l’identité, la République au nom de la tradition ou de la religion. » (p. 41) A chaque époque ses responsables désignés : les jacobins, les juifs, les communistes, les républicains, les démocrates… mais à chaque fois un pas de plus dans la mauvaise direction : « Quand on place l’identité au sommet de l’échelle des valeurs, qu’on relègue les droits de l’homme au rôle de modalité contingente, on est dans l’antichambre du fascisme«  (p. 45).

 

2. La France plus forte que l’islam

Actuellement, c’est l’islam qui fait peur et avec lui l’ensemble des musulmans vivant en Europe. Quand on organise un débat sur l’identité nationale, quand on parle de laïcité, quand on regrette les territoires perdus de la République, quand on déplore le communautarisme : on parle toujours de l’islam et des musulmans.

Si « cette méfiance a une racine objective » (p.48), elle est surtout totalement fantasmée et exagérée.

Le premier point est le sentiment d’insécurité culturelle que ressentent les classes populaires face à une société multiculturelle qui brise les repères et le mode de vie. Pourtant la question se pose : « est-elle le fruit d’une réelle menace […], ou bien avant tout une représentation » (p.50) ?
Laurent Joffrin est implacable : « ce qu’il faut affirmer avec force, c’est que la France surmontera ce défi comme elle en a surmonté d’autres, bien plus redoutables » (p.51). Elle a bien évidemment commencé à la faire, mais il ne faut pas croire que ça se fait facilement, rapidement. Les thèses du « grand remplacement » développé par Renaud Camus ou encore celle du britannique Bat Ye’or qui dit que l’Europe est livré aux musulmans par un accord entre démocrates naïfs et dirigeants islamiques ne sont que pures fantasmes totalement irréalistes. Dans ce genre, la dernière sortie en date est à attribuer à l’écrivain Michel Houellebecq avec son roman « Soumission ».

Ce roman, qui n’est pas un essai, raconte l’avènement, en toute légalité républicaine, d’un gouvernement islamiste en France dans les années 2020 qui transforme la société française. Cette histoire, large succès de librairie, est commentée par les débatteurs politiques qui l’analyse en tant que fait social plausible. Ce qui est totalement ridicule : « Quoi ? Une religion qui concerne à peine 10% de la population, c’est-à-dire qui suscite indifférence ou hostilité chez neuf Français sur dix, une religion qui est celle de gens pour la plupart pauvres et sans influence, qui n’ont pour ainsi dire pas accès aux élites du pays, qui ne contrôlent ni journaux ni médias audio-visuels, dont les prédicateurs sont inconnus du public et parlent souvent fort mal notre langue, serait en passe de subjuguer la population française ? Quelle blague ! » (p.56). La religion musulman, supposée conquérante, n’a prise sur aucun levier qui influencent l’opinion… Comment peut-on imaginer qu’elle convertisse ainsi plus de la moitié de la population ? D’autant que, jusqu’à présent, l’ensemble des musulmans ayant atteint un certain niveau de reconnaissance publique (en politique, dans les médias, dans le sport ou dans le showbiz) ont tous un discours plaidant pour les valeurs démocratiques (p.58)

La majorité des musulmans en France sont invisibles en tant que tels, intégrés, travailleurs, vivent modestement et tranquillement. Ils sont les premiers à souffrir de l’image que renvoi les fanatiques ensanglantant la France et les pays du Moyen-Orient.

Le France, trop souvent présentée comme faible, est forte dans les luttes qu’elle mène. Les succès militaires en Afrique et au Moyen-Orient sont clairement établis. Les succès policier en métropole, même s’ils doivent être renforcé au vu des menacent, sont visibles eux-aussi, par leur capacité à protéger les populations et à résoudre efficacement les attaques quand elles réussissent à avoir lieu.
Une autre lutte se mène actuellement : celle du politique, plus lent, plus long, qui prendra peut-être une génération, mais qui aboutira comme il l’a toujours fait dans le passé. Les démocraties sortent toujours vainqueur et les exemples ont été nombreux au cours du XXe siècle.

« Au bout du compte, la combinaison de l’action militaire et du combat politique prononcera la défaite du terrorisme et le triomphe inévitable des valeurs démocratiques » (p. 69).

 

3. La France qui ne tombe pas

« Le masochisme national émane de […] courants de pensée, qui s’en servent de manière […] intéressée, calculatrice et réfléchie pour influencer l’opinion. » (p.71)

Et ce n’est pas l’apanage des identitaires et de l’extrême droite : les libéraux aussi usent de ce discours décliniste pour pouvoir faire passer leur message… Baisse d’impôts, moins d’État, déréglementation du travail…

Pour ces gens, « nous vivons dans la « France du tombe » et, à écouter ces Jérémie du chiffre, cette chute s’accélère sans cesse. Du moins tant que les réformes exigées par le patronat ne sont pas mise en œuvre. » (p.72)

Pourtant la France est et reste une grande puissance, malgré la crise. Cinquième (ou sixième suivant les classements) puissance mondiale, avec un PIB de plus de 2000 milliards de dollars, en mettre en rapport à sa 20e place démographique, le pays peut être fier de sa productivité, l’une des premières de la planète. Tout en reconnaissant de vraies difficultés (déséquilibre financier, industrie qui s’est affaiblie, seulement 9 actifs sur 10 qui travaillent…), Joffrin enchaîne sur un large inventaire des forces française : les services, l’agriculture, le luxe, la technologie de pointe, la grande distribution, la banque : cinquième exportateur mondial de biens et quatrième au niveau des services. Et surtout, dans une économie mondialisée, il faut comparer les chiffres : la France exporte bien plus que les Etats-Unis, par exemple, pourtant chantres du libre-échange (1/4 de la production intérieur contre moins de 10%), le Royaume-Unis a un meilleur taux de croissance mais un taux de paupérisation de la population bien plus élevé aussi…

Ainsi, « c’est donc bien à dessein, avec une mauvaise foi évidente, que les déclinistes noircissent le tableau à l’envi, pour la simple raison que les Français sont réticents à adopter leur médication. Pour faire accepter leur projet inégalitaire et dur aux faibles, ils ont décidé de faire peur. » (p.76)

Bien sûr, la France aurait pu faire mieux et entamer ses réformes plus tôt, comme l’on fait avec clairvoyance les pays de Nord de l’Europe. Mais à l’opposé elle a bien fait aussi de suivre sa ligne et de refuser catégoriquement, par la voix de Sarkozy puis Hollande, d’obéir aux injonctions de Bruxelles comme l’on fait les pays du Sud : Portugal, Espagne, Italie, Grèce…
De telles cures d’austérité, appliquées à la France, auraient apporté ici comme ailleurs un taux de chômage bien plus important, jeté à la rue des milliers de familles aussi bien rurales que urbaines et réduit à néant les capacités financières des états par l’augmentation des taux de prêts… Alors, oui maintenant ces pays vont un peu mieux, mais à quel prix ? « Comme le fou qui se tape sur la tête pour s’émerveiller du bonheur qu’il ressent quand il arrête… » (p.79) De son côté, la France a augmenté ses dépenses dans un premier temps sous Sarkozy pour éviter une récession dramatique, puis les dépenses ont été contenues sous Hollande, sans coupes draconiennes : le déficit est resté autour de 4%, ce qui est encore beaucoup trop mais qui permet au pays de maintenir son mode de vie en conservant pratiquement intact son système de protection sociale (p.81).

L’intelligence de la France a enfin été perçue par l’Europe. Après plusieurs années de discours soufflé par les libéraux et « les ultraorthodoxes de la classe politique allemande » (p.81), la Banque centrale européenne puis les responsables de l’Union Européenne, voyant que leur politique conduisait le continent à la récession et à la déflation, ont relâché la pression.

Si les réformes sont nécessaire, la signification du mot a totalement changé ces dernières années. Il y a peu encore, les réformes (du temps de travail, de la santé…) visaient le progrès social. Aujourd’hui, « par « réforme », on entend en fait sacrifice » (p.82) : faciliter les licenciements, réduire les prestations sociales, augmenter les cotisations, baisser les charges sur les hauts salaires… Autrement dit, c’est là le discours des libéraux : « pour que tout aille mieux en France, il faudrait que les riches soient plus riches et les pauvres plus pauvres. » (p.83)
Pourtant les Français acceptent de bouger, quand c’est nécessaire et fait avec justice : le système de retraite, les régimes spéciaux, le marché du travail, les dépenses publiques, la création d’entreprise, loi Macron… Autant de réformes qui auraient pu aller plus loin, qui auraient pu venir plus vite, mais qui montrent que la France est réformable, quel que soit le gouvernement en place, et même si c’est parfois dans la douleur, le conflit, le compromis.

La France est prête pour affronter la mondialisation : les syndicats plus réformistes, CFDT en tête, progressent aux élections professionnelles, l’extrême gauche stagne et les sociaux-libéraux assumés sont appréciés dans les sondages d’opinion, l’entreprise et le monde des start-up sont valorisés. Et « cette ouverture au monde ne favorise pas automatiquement la droite libérale. Personne ne souhaite la dictature des marchés, la brutalité de la concurrence sans frein, l’effacement de l’État ou la libéralisation soudaine du marché du travail. Les valeurs de la République sociale sont bien vivantes. » (p.88)

« C‘est là que les libéraux, en ne cessant d’admonester la « France qui tombe », font le jeu du Front national. En réclamant le recul de l’état, l’annulation des protections sociales, la concurrence féroce avec l’étranger, la libéralisation quasi totale du marché du travail, ils ne cessent d’alimenter les peurs sociales, celles du déclassement et de la précarité. […] Toutes les attaques contre [la République sociale, protectrice et tolérante], tout ce qui évoque l’alignement de la France sur les pays anglo-saxons effraie l’opinion et la jette dans les bras des extrêmes. » (p.93)

Le discours est simple : « Si la France est incapable de s’en sortir, si elle va droit dans le mur, si elle décline, il faut la protéger, élever des barrières, se replier sur son pré carré. Le pessimisme fait le jeu du FN ; le réalisme de l’action le gène. » (p.93)

 

4. La République sociale

L’outrance langagière et argumentaire n’est pas l’apanage de la droite extrême. A gauche aussi, le populisme est utilisé : « A entendre l’agressivité des discours de Jean-Luc Mélenchon, la violence des réquisitoires contre la droite des riches, simples marionnette des puissances d’argent ou contre le gouvernement socialiste, ramassis de traîtres et d’incompétents, à écouter la dénonciation du « social-libéralisme », pratiquement égale en intensité à celle du fascisme, on finit par se poser la question. C’est le troisième courant du déclinisme français : la gauche sinistre. » (p.96)

Ces attaques touchent au supposé objectif des gouvernants de détruire les acquis sociaux, au complot du monde de la finance pour asservir la République, ou encore à l’idée selon laquelle les dirigeants n’ont que faire du petit peuple…
Laurent Joffrin s’en indigne : « Le dire, l’écrire, le suggérer, c’est dénigrer la France au nom de ses préjugés, c’est travestir la réalité pour y substituer ses obsessions partisanes, c’est mentir pour promouvoir le programme radical — et irréaliste — qu’on met en avant pour séduire l’électeur. » (p.98)

« Comme les identitaires, comme les libéraux, les tribuns de la gauche de la gauche abaissent la France pour se rehausser, noircissent la situation pour justifier leur dangereux programme.«  (p.98)

Contrairement à ce que ces gens disent, la France n’est en aucun cas un pays libéral. L’État providence existe encore et son rôle a été bien visible après la crise de 2008. Même si l’inégalité dans les revenus se creuse, celle des prestations sociales reste stable : la protection sociale, telle qu’elle a été définie à la Libération, est toujours active.
Le jeu de l’extrême gauche de minimiser les acquis apportés par d’autres qu’eux — tout en les défendant farouchement dès que certains veulent y toucher — montre un dogmatisme désespérant qui se rapproche du discours populiste.

Comme tout pays, la France a son modèle de croissance et de développement : s’il est « stupide de penser que tous les pays de la planète doivent obéir au même modèle » (p.106), l’important de s’inspirer des réussites observées chez les voisins. Ainsi chacun à ses forces et ses faiblesses, et les chemins pris sont souvent très différents : entre les États-Unis qui dominent le monde grâce à la réussite de leur modèle libérale, le Canada et les nations scandinaves qui réussissent fort bien économiquement tout en ayant construit des systèmes de protection sociale perfectionnés, ou la Chine qui concilie étatisme considérable et plus forte croissance mondiale, il y a la France colbertiste.

La République, alimentée d’un côté par la gauche jacobine, socialiste et communiste, et d’un autre par le bonapartisme et le gaullisme, « a toujours considéré qu’il lui revenait d’assurer un certain équilibre social dans la nation » (p.107). La France est redistributive, interventionniste et pourtant elle a connu le même succès que beaucoup de pays plus libéraux. « 
Les conquêtes sociales de la France sont bien vivantes ; il est faux de dire qu’elles sont un obstacle à la croissance, l’expérience historique a prouvé le contraire.
 » (p.108)

C’est ça le modèle social français : « inconsciemment souvent, mais de manière constante, la France a choisi de laisser une place plus grande aux services collectifs, à la culture pour tous, au sport égalitaire, aux services publics, au plaisir de se retrouver ensemble sans trop de distinction de classes ou d’argent. Elle a voulu un peu moins d’argent pour ce qui se consomme seul et un peu plus pour ce qui échappe à la loi immédiate du marché. Elle est républicaine et sociale. » (p.109)

La gauche et les libéraux ne trouvent que des critiques hypocrites à ce système : nier la réalité pour dénoncer le système capitaliste d’un côté, fustiger la dictature de l’État dans ses choix démocratiquement adoptés d’un autre côté.

Au final c’est le même objectif : critiquer toujours, critiquer pour critiquer, et au final verser dans un pessimisme s’auto-nourrissant. Reconnaître la bonne marche d’un élément du système reviendrai à détruire tout l’échafaudage idéologique.

Alors disons-le une bonne fois pour toute : « Le capitalisme marche tout seul, personne n’en tire les ficelles. Mieux, il est contraint de faire des concessions dès qu’un gouvernement décidé ou un peuple rétif s’oppose à lui. Il en va ainsi de la France. Elle a choisi son propre modèle et n’entend pas l’abandonner. » (p.111)

Le seul, l’unique problème de la France, duquel découle tout : c’est son incapacité à réduire le nombre de chômeur.  Or la baisse du chômage dépend avant tout de la croissance. Et là, c’est une affaire européenne et de réformes intérieures, toutes deux en cours. Ainsi « la France a tous les moyens de mettre en œuvre une stratégie […] qui consiste à rétablir sa compétitivité, à aider ses entreprises sans pour autant affaiblir les moyens de l’État providence, ni à assouplir son marché du travail. » (p.112)

 

5. Quand le progrès progresse

Joffrin récuse l’idéologie de la décadence, celle qui nie le progrès qu’il soit social ou technique. Aussi bien les conservateurs identitaires qui « craignent de voir la tradition et la nation dissoutes dans la rationalisation de la société« , que les gauchistes et une partie des écologistes qui craignent « d’assister au saccage de la planète par les avancées […] de la technique appliquées à la production » : tous « se rejoignent dans la négation de l’avenir, ne voyant poindre à l’horizon que régressions et catastrophes. » (p.113)

L’Histoire politique peut en effet leur donner raison : la seconde moitié du XIXe siècle a été marqué par les nationalismes de tous bords qui ont provoqué la barbarie de 1914. La première moitié du XXe siècle a inventé le totalitarisme qui a conduit l’Europe à son suicide…
Mais ensuite ? « Assagie par le spectacle de ses propres crimes, l’humanité prenait un chemin nouveau.«  (p.116) Où en étions-nous en 1935 : Hitler, Mussolini, Staline semblaient être les hommes de l’avenir : « la démocratie paraissait affaiblie, inefficace et faible » (p.116), pourtant le fascisme s’effondrait dix ans plus tard et le communisme aussi, même s’il a mis plus de temps.
La paix, assurée par la création de l’Union européenne, n’est-elle pas un progrès ?

« Alliés, l’Amérique et l’Europe forment une puissance militaire et diplomatique irrésistible. » (p.117) Partout, les envies de contester les régimes autoritaires et de s’ouvrir vers le mode de vie occidental se développe : la démocratie et la liberté gagnent.

En économie aussi les prophètes du malheur se trompent lourdement : alors que la misère dans le tiers-monde apparaissait inéluctable, on a vu ces pays sortir de l’ombre et commencer à former une classe moyenne mondiale. Le mondialisme a ses bons côtés et le développement économique de ses pays assurera, « si tout va bien, le socle social des futurs démocraties.«  (p.118)

« En l’an 2000, les Nations unies fixaient ce qu’on appela les « objectifs du millénaire » […]. A rebours de l’air du temps instauré par les pessimistes de la planète, ces objectifs ont tous été atteints avec plusieurs années d’avance. Dans la plupart de ses pays […] l’espérance de vie augmente, l’état sanitaire de la population s’améliore, l’analphabétisme recule, le niveau de vie progresse et les modes de vie s’humanisent. »

Alors, oui, il y a toujours de conflit : guerres civiles, attaques terroristes, coup d’États et révolutions… Mais malgré tout le nombre de victime de ces conflits diminue inexorablement depuis 1945. D’année en année, « l’humanité […] est un peu plus pacifiste, un peu moins cruelle, un peu moins sanguinaire d’auparavant. » (p.120).

Alors que beaucoup raillent la supposée impuissance de l’ONU, il faut reconnaître qu’elle apaise, prévient, atténue de nombreux conflits. « L’homme s’est mieux organisé. Il a mis des limites à sa propre nocivité, il a circonscrit la violence civile et politique dans beaucoup de pays, il a limité le pouvoir pour protéger l’individu, il a civilisé sa vie sociale, il a commencé à comprendre que la coopération et le respect du droit étaient finalement de l’intérêt bien compris de tous les citoyens, quels que soient leurs croyances, leurs intérêts ou leurs passions, que l’égoïsme intelligent passait par un minimum d’attention aux autres, par un sens de la réciprocité, par l’observation de lois qu’on se donne à soi-même.

« Le progrès, donc, continue de se manifester, et continuera. A une condition : qu’on se tiennent pour l’organisation des systèmes politiques à l’alliance éprouvée de la Raison et de la Liberté. » (p.127)
L’avancée du savoir et l’argumentation rationnelle sont les deux seuls leviers envisageables pour développer la société humaine.
La démocratie est un système imparfait, mais il est à l’image de l’Homme. « Dès qu’une doctrine politique promet l’idéal, la pureté, la perfection, la police n’est pas loin. » (p.128)

« L’expérience de 2 ou 3 siècle démontre que les régimes de liberté, quelles que soient leurs faiblesses, conviennent mieux aux hommes que tous les autres, que l’usage de la Raison, dès lors qu’elle s’abstient de tout arrogance et qu’elle est tempérée par le sens de la fraternité, est le meilleurs outil pour la recherche du bonheur, aspiration universelle qui met en rage tous les dogmatiques et tous les fanatiques de la terre. » (p.129)

« Puissance qui a tous les moyens de sortir de sa mauvaise passe, nation respectée quand elle respecte ses propres principes, économie moderne qui dispose de tous les atouts nécessaires au retour de la croissance, la France doit croire de nouveau au progrès, au sien comme à celui de la planète. » (p.130)

 

Conclusion

« Le leitmotiv des défaitistes ne cesse de miner le débat public. Ils portent une lourde responsabilité. En répandant une atmosphère de découragement national, ils finissent par faire advenir ce qu’ils dénoncent  le blocage des réformes, la stagnation de l’activité, la pénurie des projets. » (p.132)

Pourtant aucunes des trois voies proposées ne peut être la solution ultime : les nationalistes du FN veulent ramener le pays à l’isolement, la division sur le continent et rompre avec l’œuvre de plusieurs générations. Les libéraux du Medef veulent reléguer l’État au rôle de simple arbitre soumis aux féodalités de l’argent. Les radicaux de la gauche de la gauche veulent organiser la régression sociale et ruiner le pays.

La France est diverse, mais unie dans la République. Cette république doit refaire rêver, « en promouvant ses valeurs, elle réunira son peuple autour d’un avenir commun, qui rendra à la France son rôle historique. » (p.131)
Avec les nouvelles libertés données aux identités particulières, religieuses, sexuelles, ethniques ou régionales, l’assimilation pure et simple n’est plus réaliste. Par contre, dans le respect de ces particularismes, la France doit exiger de tous qu’ils adoptent « sans ambages les principes de la République, qui sont une garantie pour leurs droits et leurs culte en même temps que la clé de leur intégration au pays » (p.135)

En tout premier lieu : la laïcité. Elle est à l’opposé des dogmes ; elle est fondée sur la raison, le libre examen et la tolérance, c’est-à-dire le pluralisme.
Mais là aussi il ne faut pas verser dans l’autoritarisme laïque, à l’instar des groupes extrêmes comme Riposte laïque. Les salles de classe sont à la République ce que sont les mosquées à l’islam. Le voile doit en être banni, mais pas en dehors de l’école, pour les mères accompagnant une sortie scolaire par exemple. « La vraie laïcité suppose une application intelligente des textes et un sens aigu du compromis. » (p.136)

L’identité doit être ouverte. Elle n’est pas figée, elle n’est pas arrêtée par un décret intangible de l’Histoire. « Tout peuple qui dispose d’un passé riche dispose aussi d’un droit d’inventaire. Il peut choisir ses héros, distinguer entre les épisodes de son passé ceux qui doivent servir l’exemple. » (p.137) C’est le travail des historiens de se pencher sur toutes les périodes, dont les plus sombres. « La mémoire nationale a une autre destination : réunir le peuple autour de ce qu’il a fait de bien. Ainsi l’identité française a été construite […] par des hommes et des femmes qu’on a distingués et qui peuvent servir de modèles. » (p.138) C’est ça le patriotisme républicain, l’identité française.

L’arme de la République est l’école. Après le magnifique succès de la massification, elle peine aujourd’hui et est en grande difficulté face aux communautarismes qui ont développé leur propre contre-culture à coup de « piété mal comprise, ostensible et agressive, [et de] complotisme permanent » (p.139).

La vigilance doit être constante : combattre le privé qui est aux mains des religions, refuser la mise ne concurrence qui donnera aux parents le rôle d’influer sur la pédagogie et de rejeter « les enseignements qui ne servent à rien » par logique économique. « L’école ne peut pas flotter au gré du vent et des modes, s’ouvrir sans principes à la société, négocier sans cesse son fonctionnement avec ses usagers. » (p.140)
L’école est à réformer ? Oui, mais pas pour flatter le ministre en place ! Faire confiance aux enseignants, restaurer leur autorité en les laissant travailler sans changement de programme tous les 3 ans, assurer l’autonomie des chefs d’établissements pour composer leurs équipes, motiver par le salaire les bons professeurs, sanctionner les mauvais, récompenser ceux qui prennent les classes les plus difficiles au lieu d’y envoyer les jeunes nouveaux enseignants…
« Alors l’école se reprendra en main. Alors la reconquête des esprits aura une chance d’aboutir sur la base des valeurs républicaines. » (p.142)

Le redressement économique est en marche, aidé par les réformes gouvernementale et — enfin ! — le virage à 180° de la Banque Centrale Européenne. La France avait raison : ses demandes de politiques d’investissements au niveau européen, sous Sarkozy puis réitérées par Hollande, étaient parfaitement justifiées.

La France, enfin, a un tissu entrepreneurial dynamique. Premier état créateur de start-up en Europe. La jeune génération ose, loin du pessimisme ambiant, et se prend en main, aidé en cela par l’État et sa Banque publique d’investissement. L’innovation est aussi dans la société, dans des associations sociales, dans la recherche publique qui réfléchi quotidiennement à un monde meilleur par l’économie du partage, par le vivre ensemble, par la théorie des « biens communs »…

« Armée de ses principes de Raison et d’Égalité, la République française est l’une des mieux placées pour embrasser cet avenir. L’opinion doit maintenant le reconnaître, c’est-à-dire se détourner des lugubres prophéties dispensées par les pythies de la décadence. Une fois prononcée la défaite des défaitistes, les Français seront en mesure de rendre la France à sa vocation historique : ouvrir la voie vers une société fondée sur l’Homme.«  (p.154)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.