Éthiopie : les marchés de Key Afer

Les marchés de Key AferNous quittons aujourd’hui la région de Jinka pour nous enfoncer toujours un peu plus vers le sud, à la rencontre d’autres paysages et d’autres tribus. En chemin, une pause à Key Afer pour y visiter deux marchés.

Bêtes, aliments, artisanat… et une belle anecdote.

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Une large, très large piste traverse la ville. Il y a beaucoup de monde qui circule, souvent en petits groupes. Le jour de marché est un moment de rencontre inter-ethnique : il y a notamment autour de nous des Tsemain, des Benna, et des Aris.

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En chemin vers le marché aux bestiaux, Toffu s’arrête près de l’église à laquelle, nous dit-il, il vient prier au moins une fois par mois.

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L’église est fermée (comme toutes les églises orthodoxes que nous croiserons pendant le voyage), il en fait le tour en s’arrêtant régulièrement pour se prosterner et embrasser le mur. C’est, paraît-il, la façon courante de prier.

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Comme nous l’avons déjà vu au monastère sur l’île au milieu du Lac Ziway, l’extérieur de l’église est peint de fresques très colorées.

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Notre sortie de l’enceinte de l’église est mouvementée : un vieil homme, visiblement soul, reproche à notre guide de faire rentrer sur ce terrain sacré des étrangers. Il fait un beau scandale et attire du monde autour de nous… Notre guide nous fais sortir sans trop traîner.

Cent mètres plus loin, nous arrivons sur le marché aux bestiaux. C’est impressionnant : une bonne centaine de vaches et chèvres y sont en liberté, surveillées de loin par leurs propriétaires.

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ethiopie-key_afer-11-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

 

ethiopie-key_afer-12-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

 

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ethiopie-key_afer-15-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

Tofu nous explique qu’un taureau peu atteindre le prix de 7000 birrs. Les femelles sont très rarement vendues, les valeurs est trop importantes car elles donnent du la794it et des petits.
Lorsque deux personnes discutent un prix, ils se serrent la main et celui qui accepte le deal porte la poignet de main au niveau de son visage pour embrasser le dos de la main de l’autre. C’est le signe pour montrer son accord.
Toute transaction doit faire l’objet d’un reçu, la police veille et contrôle les gens qui sortent du marché avec un animal : le reçu servira pour la déclaration aux autorités et la paiement d’une taxes.

Avant de repartir, Chris craque pour des bracelets en métal :

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Déjà remarqué dans la rue centrale, je suis étonné de voir encore ici des hommes marchant se tenant par la main. Un tel contact physique sera rapidement interprété en Occident ! Ici, bien sûr, ce n’est pas de signe public d’homosexualité (c’est un crime puni par 3 ans de prison minimum).
Se tenir par la main est simplement un signe d’amitié et de confiance.

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En sortant du marché, nous observons un parking de moto. Nous n’en avons pas vu beaucoup en route, mais il semble que ce soit un mode de locomotion assez utilisé.

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A proximité, un bar propose la bière locale. Les gens viennent la consommer ensemble sous un abris. Toffu nous explique que cette bière est très nourrissante et peu alcoolisée. Beaucoup s’en servent comme d’un repas. les enfants ne la consomment pas : l’alcool est consommé à partir de 20 ans.

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Nous repartons en direction du centre-bourg, croisant des femmes Tsemai.

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OLYMPUS DIGITAL CAMERA Photo par Claudine Remiot

 

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ethiopie-key_afer-25-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

 

En traversant la ville, je prends en photo cette boutique. Des magasins comme ça, il y a en partout : on y vend tout ce qui n’est pas frais. C’est un peu à un mix des épiceries et drogueries qu’on connaît chez nous.

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Nous arrivons au second marché. On peut identifier différents pôles :

L’outillage et équipement …

ethiopie-key_afer-28-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

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OLYMPUS DIGITAL CAMERA Photo par Claudine Remiot

 

… vêtements et bijoux …

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… l’alimentation (oignons, épices, légumes divers, céréales, légumineuses) …

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ethiopie-key_afer-37-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

ethiopie-key_afer-38-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

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… un peu à l’écart, le miel …

ethiopie-key_afer-42-www-garr-fr Photo par Pascal Dellouve

 

… et plus loin, le tabac : à chiquer ou à sniffer. Personne, en dehors des grandes villes, ne le fume. Toffu m’explique qu’il n’y a pas d’usage de stupéfiant ici. La seule « drogue » interdite est une eau de vie faite à partir de (je ne sais plus !), trop forte et trop dangereuse.

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ethiopie-key_afer-35-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

 

Chris se retrouve de nouveau avec des enfants accrochés à ses mains.

ethiopie-key_afer-43-www-garr-fr Photo par Pascal Dellouve

 

Nous nous dirigeons ensuite vers une zone à l’écart : le marché artisanal. Sur le chemin, je profite de l’espace dégagé pour faire un panoramique à 360° :

ethiopie-key_afer-44p-www-garr-fr Pour une version HD de la photo panoramique (8 Mo), cliquez ici.

 

Je m’arrête donc aux stands des artisans. Je n’ose pas prendre de photos de leurs étals, ne sachant comment ils pourraient interpréter que je photographie des souvenirs qu’ils préféraient me vendre. Je me demande d’ailleurs si ce sont des revendeurs ou les producteurs. Je me demande aussi si les autochtones sont parfois clients, où si nous, touristes, sommes la cible. Je penche pour la deuxième hypothèse vu comment les 5 ou 6 vendeurs présents nous sautent dessus pour nous venter leurs produits.

En tout cas, tout cela m’intéresse. Je compte bien rentrer avec France avec quelques souvenirs décoratifs. Et justement, hier, pour couper l’ananas acheté au marché de Jinka, je cherchais un couteau. J’en avais trouvé des classiques, made in China, avec manche en plastique. je m’étais donc mis dans la tête qu’un couteau tribal, fait par un artisan local, pourrait-être sympa. C’est donc ce que j’ai commencé à chercher.

J’ai vu de magnifiques couteaux, avec lame forgée, manche en os et fourreau en cuir et perles, de toute beauté. Puis j’ai vu les statuettes en bois qui représentaient des couples de différentes ethnies en costumes traditionnels faits de tissus et de cuir. Et enfin j’ai vu les masques tribaux. Notamment un grand, bicolore, qui m’a tout de suite accroché.

J’apprends alors, par l’expérience, que à partir du moment où tu montres ton intérêt pour un objet, tu es re-assailli par tous les commerçant que vendent la même chose. Et chacun a le plus beau, chacun a le plus vrai, chacun tient à me faire un prix d’ami « because it’s you and you are my friend, I do a friend price« . Les couteaux m’étaient proposés entre 50 et 80 euros, les statuettes de taille moyenne aux alentours de 50 euros pièce (avec un discount pour la deuxième si je prends un couple).

Pour les masques, le petit modèle est à 400 birr (16 €), le moyen 800 (33 €) et le grand 1200 (50 €). Évidement c’est le grand modèle qui m’attire, mais 1200 birr me semble très cher. Je vais donc chercher de l’aide parmi mes covoyageurs, eux qui ont l’habitude de ramener de l’artisanat local pour avoir leur avis. En effet, d’après eux ça ne le vaut vraiment pas. Le conseil de Pascal : « tu donnes ton prix, si le vendeur refuse, tu pars : sois sûr qu’il te courra après pour accepter ton prix. »
C’est ce que je fais : je dis 500 birr, avec des arguments : celui-ci n’est que bicolore, il est moins travaillé que d’autres modèles… La négociation est la règle de toute façon, donc le vendeur descend à 1000 birr attendant que je monte mon prix. Mais je ne bouge pas. Il me dit « give me your best price« . Et là je lui explique que je ne sais pas marchander, que de là où je viens, un prix est un prix, et que je lui ai déjà donné mon meilleur prix, celui que je juge juste. Il tente de m’apitoyer « you’re not serious, you’re killing me !« , mais toujours dans un bonne humeur, avec le sourire, ce a quoi je lui réponds, en rigolant, que l’achat d’un masque en bois ne vaut pas la mort du marchand, et que je préfère alors ne pas lui acheter. Et je pars.
J’ai même pas fait 3 pas qu’il me dit 550 birr (22 euros). Deal. J’ai mon masque tribal.

J’ai vraiment du mal au marchandage, c’est un système que je ne maîtrise pas du tout et qui me dérange profondément. Mais là, grâce aux conseils de Pascal qui m’ont mis en confiance, j’ai trouvé l’exercice très plaisant : le vendeur parlait bien anglais, est toujours resté courtois, comme moi, et on a eu finalement un petit combat argumenté très plaisant.

Par contre, une fois que les autres commerçant ont vu que j’avais acheté à l’un, j’ai été suivi sur trois bonnes centaines de mètres par plusieurs vendeurs me proposant couteaux et statuettes au meilleur prix, « discount« , parce que j’étais leur ami, parce que c’était moi, parce que… etc. Dur dur de leur faire comprendre que je n’étais plus intéressé par l’achat d’un autre objet ! D’autant moins intéressé que je n’avais plus un seul birr sur moi.

ethiopie-key_afer-45-www-garr-fr Le masque, photographié à mon retour.

 

500 mètres plus loin, nous nous arrêtons à un bar pour nous rafraîchir, j’éconduis le dernier commerçant qui espérait encore me vendre quelque chose et nous nous installons sous un toit de chaume. On est à l’ombre, il y a de l’air qui circule, ça fait du bien. Un Sprite bien frais est le bienvenu !

Près de l’entrée, un enfant de 7 ou 8 ans en haillon nous observe, intimidé.

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Je prends en photo son portrait au téléobjectif et lui fait signe d’approcher pour lui montrer la photo. Il sourit de toutes ses dents absentes. Et il pars en courant.

Nous reprenons notre repas, quand l’envie me vient de visiter les toilettes de l’établissement. Moins pour la curiosité de voir les lieux, que pour en avoir l’usage, vous imaginez bien. Mon indique qu’elles se situent à l’écart, derrière une haie de verdure.

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J’entre…

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Et ressort aussitôt, tant l’odeur est insupportable. Tant pis, je me retiendrai. En sortant, voyant les poules picorer dans une espèce de boue liquide, marron, et pestilentielle, j’ai peur de comprendre de quoi elles se nourrissent… je me félicite de ne pas avoir choisi de volaille ce midi !

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Bref, quelques minutes après l’enfant de tout à l’heure revient, je le reprends en photo.

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Son état est tellement déplorable que Pascal décide de lui offrir un t-shirt. Mais le temps de retourner au véhicule et de fouiller dans ses affaires, l’enfant est de nouveau parti. Avec notre guide nous nous mettons donc tête de le retrouver dans la rue. Il n’est pas bien loin : il retire son maillot et enfile le t-shirt que Pascal lui apporte : bien trop grand, c’est en effet une taille adulte !

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Et comme le hasard est bien fait, nous sommes devant un magasin de vêtements, le commerçant nous saute dessus en nous proposant de nous échanger le t-shirt contre une vêtement à la taille de l’enfant.

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Et tout de suite un attroupement se forme pour fouiller dans le magasin et choisir ce qui pourrait aller au garçon. Certains proposent un short et se font réprimander vertement parce qu’on cherche un haut, pas un bas ! D’autre sortes des maillots de taille adulte… bref après un moment de confusion arrive une chemisette rose à la bonne taille.

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Le garçon l’enfile, le commerçant garde le t-shirt de Pascal (un vieux t-shirt publicitaire pour le marathon de Clermont-Ferrand d’il y a quelques années, pas sûr que l’affaire soit très bonne pour le commerçant, mais bon, tout le monde est content).

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Et l’enfant repart tout sourire et fier de son nouveau maillot.

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Nous reprenons notre place et au bout d’une dizaine de minute l’enfant repasse sa tête au travail du portail : il a de nouveau son ancien maillot. Craignant qu’il se soit fait voler ou quelque chose du genre, nous envoyons nos guides aux informations. Ça serait bête que notre action ait provoqué un moment difficile et la joie de trop courte durée. Apparemment, sa mère lui a dit qu’il le mettrait après s’être lavé. Vu son état de crasse, il ne doit pourtant pas voir l’eau très souvent… Mais bon, nous ne pouvons pas maîtriser toute la chaîne. La suite n’est plus de notre ressort, nous ne pouvons qu’espérer qu’il bénéficie bel et bien de cette chemisette !

Une demie-heure plus tard, nous reprenons la route… Direction le sud.

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