Éthiopie : un village Ari

Ethiopie : visite d'un village ari

Après notre petit voyage chez les Mursi dans la matinée, une autre visite nous attend l’après-midi : la tribu des Ari.
Changement d’univers. Nous sommes ici dans une tribu ayant une vie ressemblant beaucoup à ce qu’on voit dans les grandes villes. A quelques dizaines de kilomètres de Mursi, il est vraiment surprenant de voir des modes de vie si différents !
Une seule constance : nous, touristes, sommes des portefeuilles sur pattes.

 

Après un repas pris dans Jinka, nous partons en voiture pour rejoindre un village de la tribu Ari, à quelques kilomètres. En sortant de la ville, nous passons à côté de la prison de Jinga. Toffu, notre guide local, nous dit qu’il y a beaucoup de gens en prison en Éthiopie, principalement pour des raisons politiques et de confits entre tribus ou villages.
Une simple palissade en bois, un mirador, pas de barbelés…  Quelques bâtiments sont visibles entre les planches de la palissade, directement au bord de la route ! Je n’ose pas prendre de photo car plusieurs gardiens marchent le long de la route, mais c’est saisissant. Je ne vois aucune sécurité sérieuse !

ethiopie-ari-01-sellinemaailm-wordpress-com_ Illustration empruntée à Veigo.

J’ai du mal à imaginer un Mursi, comme on a vu ce matin, se retrouver en prison, en ville, avec un mode de vie bien différent de ce qu’il connaît. Toffu  nous dit que la justice est adaptée aux particularités culturelles. Pour un meurtre par exemple, un citadin aura 10 ans de prison tandis qu’un Mursi aura peut être 3 ou 4 ans seulement car ses coutumes et sa vision de la justice seront pris en compte. Mais il se retrouvera quand même dans la même prison que tout le monde… Il n’y a pas de justice officielle délocalisée dans les tribus.

Nous arrivons ensuite dans le village Ari. Il se situe autour d’une large route en terre battue et se répand dans la forêt. Les maisons ressemblent trait pour trait à ce qu’on voit depuis le début de notre voyage : les huttes traditionnelles avec toit de chaume et des maisons modernes avec toit en taule. Notre guide confirme ce que nous avions entendu auparavant : c’est signe de modernité : la maison est plus grande, plus confortable, mais moins saine : moins aérée, plus chaude, plus bruyante…

Nous rejoignons une famille de potiers. Une jeune fille confectionne une cruche en glaise noire, totalement à la main, sans aucun outil ni tour. Nous arrivons au moment où elle pose l’anse :

ethiopie-ari-02-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

Elle recouvre ensuite la première couche avec une fine couche de terre glaise rouge pour l’embellir.

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Puis elle confectionne le bec verseur :

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Cette cruche sera vendue 20 birrs (moins de 1 €) sur le marché de Jinka. Non loin d’elle on voit d’autres vaisselles en terre cuite :

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Autour d’elle un attroupement d’enfants se fait. Plus pour nous regarder nous qu’elle a priori.

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Et comme le travail de poterie est long, que nos guident ne nous expliquent rien si on ne leur tire pas les vers du nez, nous photographions les enfants.

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ethiopie-ari-11-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

Et comme souvent nous leur montrons les clichés. Ça a toujours un beau succès !

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ethiopie-ari-19-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

ethiopie-ari-20-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

Le père de la jeune fille qui travaille sous nos yeux n’est pas loin, Pascal essaie d’engager la conversation avec l’aide de nos guides : il a 55 ans, comme lui ! Malheureusement, l’échange ne va pas plus loin.

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Nous apprenons qu’il y a un système de caste dans ce village : potiers d’un côté, forgerons de l’autre. Les familles de potiers se marient entre elles, les familles de forgerons de même et elles ne se fréquentent pas.

Après avoir payé le potier pour nous avoir laissé regarder sa fille travailler (!), nous traversons le village. Beaucoup de verdure, beaucoup d’arbres et quasiment exclusivement de manguiers : la population mange beaucoup de ces fruits, ils sont vendus au marché, et pourtant il y en a des centaines à terre. C’est un fruit sans grande valeur dont on ne manque pas ici !

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Au milieu des maisons, nous en voyons une particulièrement belle avec des inscriptions sur sa porte.

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C’est un village très chrétien, protestant, d’ailleurs les inscriptions annoncent la couleur : « cette maison est bénie par Jésus », interdite aux incroyants. « God is love ».

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Nous avons tous des enfants accrochés à nos mains. Ils nous suivent en nous regardant avec un grand sourire. Ils semblent très fiers de nous accompagner.

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Entre deux maisons, un petit abreuvoir et quelques animaux :

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Nous passons à côté du « dancing club », où se retrouvent les jeunes. A l’intérieur un poste de musique passe un morceau local au rythme moderne. Claudine esquisse quelques pas de danses et essaie d’entraîner les jeunes autour d’elle. Certains entrent dans le jeu, mais l’ambiance ne prend pas telle qu’elle l’espérait…

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Nous arrivons au centre du village. Il y a du monde sur une grande place en terre, ça doit être le centre du village. Le village semble d’ailleurs particulièrement grand !

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Non loin de la place, nous attendons un moment : nos guides sont partis à la rencontre de… quelqu’un.

ethiopie-ari-33-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

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Ne sachant que faire, nous nous approchons d’une maison près de nous. De la fumée sort de toute part : C’est une distillerie, qui prépare une bière à base de maïs et de sorgho.

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ethiopie-ari-36-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

ethiopie-ari-37-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

L’atmosphère est difficilement respirable. Y travaillent un homme et ce qui semble être sa fille. Nous n’arrivons pas à communiquer alors Pascal et moi ressortons rapidement pour rejoindre nos guides.

Ici, pas de paiement à la photo, nous avons l’autorisation de prendre autant de photos que nous voulons, contre 50 birrs que nous donnons à la chef du village. C’est un système que je préfère largement, même si rien ne nous indique que l’argent ira vraiment à la collectivité…

Nous avons quelques centaines de mètres à marcher pour rejoindre le quartier des forgerons. Des deux castes celle des forgerons semble être moins valorisée : elle est franchement à l’écart par rapport aux potiers. Un Joseph m’accroche le petit doigt et ne me lâchera plus jusqu’à ce nous arrivions au forgeron.

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Nous nous installons autour de la forge… Un vieil homme frappe le fer tandis que sa femme actionne le soufflet.

ethiopie-ari-39-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

Malheureusement, nous n’avons pas plus d’information : j’aurai aimé en connaître plus sur les outils fabriqués, leurs usages, leurs valeurs, sur l’histoire de cette famille de forgerons et leur vie recluse à l’écart du village… Il semble qu’ils soient considérés comme des sorciers, capable de « charmer » le feu.

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Cette famille de forgerons vie recluse mais n’est pas pestiféré, car tous les enfants et quelques adultes nous ont suivis dans ce quartier.

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Le brasseur est resté avec nous : un homme bizarre, qui doit certainement boire beaucoup de ce qu’il fabrique et la fumée qu’il respire constamment ne doit pas ne lui faire beaucoup de bien au cerveau… D’un seul coup, il se met en tête de faire partir les enfants on en sait trop pourquoi, il se muni d’une bâton et les chasse en les frappant. Beaucoup sont touchés, tous rient et s’enfuient. Se moquent-ils de lui ? Cette discipline arbitraire et violente est-elle l’habitude ? Je ne pose pas la question pour ne pas ajouter à la situation, mais nous quittons le forgeron assez dépités, d’autant qu’il demande plus d’argent que nous voulions lui donner. Nous n’avons pas compris ce qu’il nous montrait, nous n’avons pas eu d’informations ni de contextualisation : nous sommes déçus.

Nous devions ensuite assister à la cérémonie du café dans une famille ari. Mes compagnons de voyage y ont déjà assisté l’an dernier, moi le café ne m’attire pas et nous avons déjà vu la préparation du café dans quelques restaurants.
Ajouté à la mauvaise ambiance que nous sentons, nous décidons d’arrêter là la visite du village. Notre décision envenime l’agressivité générale, notre guide ne comprend pas notre réaction, les gens nous demandent de l’argent, et c’est limite en nous enfuyant que nous devons partir.

ethiopie-ari-44-pascal_dellouve Photo par Pascal Dellouve

La visite du peuple Ari avait bien commencé, elle termine mal. Voilà une nouvelle mauvaise expérience, où j’ai l’impression que les villageois nous prennent pour des liasses de billets ambulants et sont plus en train de mendier que de valoriser leur travail et leur façon de vivre. Dommage…

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