Éthiopie : visite d’un village Dorze

Ethiopie : peuple DorzeAu deuxième jour de notre voyage, après avoir visité le lac Ziway le matin, nous reprenons la voiture pour continuer notre route vers le sud. En milieu d’après-midi, nous arrivons au Mont Guge, où l’on trouve les villages traditionnels du peuple Dorze, spécialisés dans le tissage, et aux maisons très particulières.

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Pour rejoindre le village dans la montagne, notre chauffeur Guétiyé doit emprunter une piste en terre longue, raide et difficile. Nous sommes bien ballotés !

ethiopie-dorze-01-maiboroda.com.ua Illustration empruntée à http://maiboroda.com.ua/

 

La végétation se densifie et se verdit au fur et mesure que nous prenons de l’altitude. Sur le bord de la route, des enfants nous font de grands signes dans l’espoir que nous arrêtions pour leur donner quelque chose. Beaucoup se mettent à danser dès qu’ils entendent le véhicule, certains se lancent dans des acrobaties énergiques : roue, salto, grand écart sur le sol caillouteux ! J’ai mal pour eux… mais ils arborent constamment un large sourire non feint. Malheureusement leurs efforts ne seront pas récompensés à notre passage. C’est qu’on nous attend…

ethiopie-dorze-02-maiboroda.com.ua Illustration empruntée à http://maiboroda.com.ua/

 

Nous sommes accueillis sur place par Yoyo, un jeune homme aux cheveux coiffés à la mode rasta.

Il nous fait entrer dans un enclos dans lequel se trouvent une grande maison et deux plus petites. La charpente est en bambou et les murs sont réalisés avec un tissage de feuilles de faux bananiers.

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La maison ressemble à une tête d’éléphant. On devine en effet assez clairement le haut de la tête avec les deux yeux et le début de la trompe. C’est, nous dit-on, un souvenir des éléphants vivant jadis ici et partis depuis quelques temps vers des contrés plus calme, au Kenya.
Nous sommes à 2500 mètres d’altitude, l’air est humide et frais pour le pays, le bois des maisons est donc fragilisé. Les termites en profitent pour le grignoter par la base. Ainsi la maison descend petit à petit. C’est son cycle de vie normal (qui dure environ 40 ans) et quand elle est trop petite pour abriter une famille, elle devient une pièce d’appoint : cuisine, rangement… ou première maison pour les jeunes couples.

Le guide nous explique que les mariages sont arrangés pour la plupart : les femmes sont présentées à leur mari entre 18 et 20 ans, l’homme toujours est un peu plus vieux. Après le mariage, ils vivent pendant 3 mois dans une petite maison, le temps qu’une grande maison leur soit construite par la communauté du village, qu’ils puissent faire connaissance, et surtout qu’ils mettent en route un bébé !
Notre guide a 26 ans, encore célibataire et choisira lui-même sa femme ! Ses parents sont d’accord avec ça. Les temps changent…

ethiopie-dorze-04-mavienomade-com_ Illustration empruntée à http://www.mavienomade.com/

 

Nous entrons dans la maison : nous passons une entrée, puis la pièce principale s’offre à nous. Le plafond est en effet très haut, il n’y a pas d’étage. Au milieu, à terre, un foyer, autour des chaises, et quelques parois intérieures délimitent des pièces : une chambre, le coin des animaux (des chèvres), un espace rangement…
Il n’y a pas d’ouvertures, peu de lumière, les yeux mettent du temps à s’adapter.

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Quand le feu est allumé, la fumée remplit la maison. Elle sert à faire fuir les termites et à renforcer le bois. Toutefois, il y a quand même deux petites évacuations prévues en hauteur sur les côtés (qui sont les yeux de l’éléphant vus de l’extérieur), car sinon ce serait aussi les habitants qui devraient fuir…

ethiopie-dorze-06-pascal_dellouve Illustration empruntée à Pascal Dellouve

 

Nous nous installons à l’intérieur et notre guide nous explique la méthode particulière utilisée par les Dorze pour boire leur bière locale. La calebasse qui sert de verre est utilisée par deux personnes à la fois, qui mettent leur bouche côte à côté pour boire et faire passer ensuite au couple voisin. Il parait que la méthode s’acquiert rapidement ! Nous testons mais sans prendre de risques : les calebasses sont vides.

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Le guide nous fait sentir un emballage de feuille de bananier… On dirait du fromage… C’est en fait du beurre fermenté ! Il vieillit dans la chaleur de la maison, s’imprégnant de la fumée du foyer, pendant plusieurs mois avant d’être consommé.

Il nous montre aussi un instrument de musique : un krar, un espèce de mix entre la lyre et le ukulélé.

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Puis nous sortons de la maison pour rejoindre un groupe de femmes installées dans une ruelle.

La première nous montre comment sont fabriqués les fils de cotons : la méthode est la même que pour filer la laine de mouton.

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Le peuple Dorze est tisserand : ils fabriquent de magnifiques tissus très colorés avec le coton cultivé par d’autres peuples dans les plaines de la région Omo. Les femmes transforment le coton et les hommes le tissent. Nous n’avons malheureusement pas pu voir leurs ateliers de tissage, mais j’ai trouvé sur Flickr (galerie de Georges Courreges) cette photo :

tisserand dorze. Ethiopia

 

Nous passons ensuite à côté, où poussent quelques pieds de faux-bananiers. Cette variété ne donne pas de fruit et consomme beaucoup d’eau, mais présente des feuilles aux tiges très grasses.

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La pulpe des tiges est extraite par raclage…

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… mise à fermenter pendant 3 à 7 mois …

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… pour finalement être préparée …

ethiopie-dorze-14-pascal_dellouve Illustration empruntée à Pascal Dellouve

 

… et cuite en galettes entre deux feuilles de bananier : on obtient du kodjo.

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La fibre de la feuille est conservée et sert à confectionner des cordes utilisé par les Dorze pour la fabrication des maisons ou des outils.

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Pendant la cuisson, le guide nous emmène voir leurs tissus. Pascal, Alain et moi avons l’honneur de nous costumer avec un pantalon coloré, une peau de léopard, une coiffe de poils de chèvre.

ethiopie-dorze-17-pascal_dellouve Illustration empruntée à Pascal Dellouve

 

Armé d’une lance et d’un bouclier en peau de hippopotame, nous voilà parés pour les fêtes locales où chaque évènement est l’occasion de sortir les vêtements traditionnels dorze.

ethiopie-dorze-18-pascal_dellouve Illustration empruntée à Pascal Dellouve

 

Puis, la galette de kodjo étant cuite, nous sommes invités à la déguster, accompagné de miel ou d’épice, ainsi qu’un alcool local appelé harake (à base de sorgho, de maïs et d’ail).

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Le guide, nous explique qu’on trinque ici d’une manière particulière : un personne lance un « yoyoyoyoyoyoyo » auquel répondent les autres buveurs par un puissant « yoooooooho !« . Notre guide, qui s’appelle Yoyo, tiendrait-il son nom d’un goût certain pour cette boisson ?

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Je m’intéresse à la boutique touristique qui nous propose différentes sortes de foulard. J’avais justement besoin de m’en acheter un en prévision de notre périple dans le dessert du Danakil pour me protéger le visage du sable et du vent.

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J’opte pour une foulard blanc avec les bords aux couleurs nationales. Annoncé 400 birr (= 16 €), je l’obtiens pour 350 birr. La négociation semble être la règle, mais je ne sais vraiment pas m’y prendre… Alain réussira 70 birr de rabais.

 

En voiture, en redescendant du village avec le guide, nous discutons avec Yoyo de sa vie. Il est natif de ce village, il connait en effet tout le monde. En fait, il fait partie de la lignée des chefs du village, qui étaient rois avant que l’administration étatique viennent organiser autrement les choses. C’est pour ça, nous dit-il, qu’il a une coupe rasta, c’est un signe distinctif chez les Dorze. En passant, il nous indique une maison plus richement décorée : c’était celle auparavant du chef du village. Aucun moyen de vérifier ! Vraie info ou rêve pour touristes ?

Le village est équipé d’un centre médicalisé, les femmes y accouchent. Le dispensaire est payé par l’état, la communauté a fourni les matériaux de construction et l’ONU assure la formation du personnel. La contraception est acceptée, un préservatif coûte 3 birr (= 12 centimes d’€).

Je le questionne sur son niveau de vie. Il nous dit qu’il est guide pendant la saison touristique et qu’il aide sa famille dans les champs pendant la basse saison. Il se fait sur les 4 mois de la saison touristique environ 10 000 birr net (pourboire inclus) (= 400 €), ce qu’il considère comme étant convenable sans être particulièrement haut. L’état lui prend 2 % de taxe là dessus, ce qu’il trouve bien trop élevé ! Les touristes viennent principalement, dans l’ordre, d’Allemagne, de Hollande, de France, d’Italie et enfin d’Espagne.

 

CONCLUSION

Cette première visite d’un village était plutôt intéressante, mais j’ai plus l’impression d’avoir visité un éco-musée : nous avons vu une maison témoin, assisté à la préparation du kodjo qui est présenté de la même manière à tout le monde (et avec les mêmes femmes depuis plusieurs années, d’après les photos que j’ai vu sur d’autres blogs), porté les costumes locaux dans une belle dynamique « séance photos pour touristes », et la boutique de fin de visite, sans que nous ayons vu la fabrication ni que nous puissions comparer les prix avec d’autres vendeurs, m’a un peu dérangé.
Je me suis senti un peu otage de la visite, sans pouvoir toucher du doigt la « vraie » vie de ce peuple des montagnes. La prochaine fois, il faudra y passer plus de temps, déambuler dans les rues, faire une petite rando autour des villages, voire y passer une nuit !

D’ailleurs mon impression générale est confirmée par certains commentaires sur Trip Advisor.

Pour aller plus loin, voici une vidéo trouvée sur Dailymotion :

Chez les Dorzés d’Ethiopie par Autour_du_Monde

2 réflexions sur “Éthiopie : visite d’un village Dorze

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