Éthiopie : visite d’un village Konso

Ethiopie : visite d'un village KonsoNous poursuivons notre périple en nous enfonçant chaque jour un peu plus dans le sud de l’Éthiopie, à la rencontre des différents peuples composant la cosmopolite nation éthiopienne.
C’est à environ 600 km d’Addis Abeba que nous découvrons un village Konso avec, pour une fois, un excellent guide compétent et intéressant.
Assurément la visite qui m’a le plus intéressé de notre voyage.

 

Au premier jour de notre voyage, lorsque nous avions rencontré Abel, le dirigeant de Buska Tour, à Addis Abeba, nous avions été briefé : dans le centre et le nord du pays, les gens se font photographier avec plaisir et volontairement, il suffit de leur demander l’autorisation en leur montrant notre appareil photo. Mais dans le sud, c’est un vrai business : les photos se paient. Cinq birrs (0,20 €) pour un adulte, trois birrs (0,10 €) pour un enfant, sept (0,28 €) pour une mère et son bébé. Tout est prévu ! Pour les photos d’ensemble, c’est gratuit normalement… mais il faut parfois négocier et surtout ne jamais prendre une photo sans l’autorisation des personnes.

Les choses sont claires, mais il va falloir être vigilant à ne pas avoir le déclencheur trop rapide…

 

Bref, arrivé dans la capitale du peuple Konso, qui s’appelle aussi Konso, nous embarquons un guide local pour nous faire visiter le village Gamole.

Ethiopie : le peuple Konso

 

La première chose que notre guide, dont je n’ai pas noté le nom, nous dit concerne cette fameuse règle des photos payantes. Mais ses consignes sont légèrement différentes que ce que Abel nous avait indiqué : ici, les enfants NE DOIVENT PAS être payés pour les photos que nous prendrions d’eux. Simplement parce que ça les détourne de l’école : il est plus intéressant pour les familles de leur faire manquer l’école et tourner autour des touristes pour qu’ils ramènent quelques billets chez eux.
C’est une précision existante dans la loi : il est interdit de payer les enfants. Ce qui est en effet tout à fait logique pour lutter contre l’analphabétisme.

Il y a en Éthiopie environ 250 000 membres du peuple Konso, divisés en neuf clans. C’est un peuple, et non une ethnie : le lien est plus culturel que physique. D’ailleurs, la richesse de leur patrimoine culturel est reconnu car il a été inscrit au Patrimoine Mondial de l’Uneso en 2011.

Ethiopie : le peuple Konso

 

A peine descendus du mini-bus, nous sommes assaillis d’enfants qui se montrent, espérant qu’on les prenne en photo. Pour attirer l’attention, l’un arbore une paire de lunette faite maison.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

On retrouve souvent dans les photos sur le net ce genre d’accoutrement. On nous proposait aussi l’achat des boites à images : en faisant tourner un bout de bois, on découvrait des scènes locales. Je n’ai pas pris de photo, alors en voici une d’illustration :

Ethiopie : le peuple Konso Illustration empruntée à Vittorio Vida

Peuple cultivateur, les konsos pratiquent la culture en terrasse pour développer les terres cultivable et limiter l’érosion des montagnes.

Ethiopie : le peuple Konso

Il nous montre un arbre, le moringa, dont on peut manger les feuilles et l’utiliser pour la médecine traditionnelle. Ainsi que l’euphorbe, dont le bout des branches, vertes, sont pleins de suc et ne brûlent pas. On s’en sert aussi bien pour éteindre un incendie en jetant des branches sur les flammes que comme pare-feu en en faisant pousser dans le village :

Ethiopie : le peuple Konso

 

Gamole est un des principaux villages Konso, regroupant a peu près 2000 habitants. Cela fait 40 ans qu’il y a une école dans le village mais la généralisation de l’éducation est beaucoup plus récente. Les enfants y entrent à partir de 7 ans et y apprennent notamment l’amharique, la langue officielle du pays.

Le village est construit au sommet d’une colline et descend en terrasse sur ses versants. Il y a plusieurs murailles de pierre, concentriques, qui protègent le villages. La muraille permettait de freiner la progression des assaillants et de leur jeter des pierres par le haut.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Au détour d’un virage, nous rencontrons trois enfants tout sourires, que nous prenons en photo :

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Claudine Remiot

Réflexe de la petite : elle tend la main, quémandant un billet. Nous lui disons non de la tête et aussitôt une femme déboule pour nous réclamer le dû des enfants.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Le guide s’interpose alors pour rappeler les règles. L’échange est assez vif, et la femme s’éloigne en maugréant. Je ne sais pas de quand date cette règle de non rémunération des enfants, mais ça ne semble pas encore être accepté par la population !

 

Nous arrivons sur une petite place près d’une grande hutte.

Ethiopie : le peuple Konso

 

La place est occupée par divers matériaux et des enfants qui jouent.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso

 

A l’ombre près de la hutte, nous rencontrons des adultes qui discutent.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Claudine Remiot

La grande hutte près de cette place est une maison commune, dans laquelle tous les jeunes hommes du villages dorment dès l’âge de 12 ans jusqu’à leur mariage, aux alentours de 20 ans. Les plus filles et les plus jeunes garçons vivent avec leurs parents dans la maison de famille.
Placés là, ensemble, à l’écart des habitations, les garçons adolescents ont une fonction de surveillance du village : en cas d’intrusion, ou d’incendie, c’est eux qui donnent l’alerte.

Ethiopie : le peuple Konso

 

 

Cette maison commune est sur pilotis, à un bon mètre de hauteur. Une ouverture permet d’accéder à l’étage. Deux garçons, pas encore 12 ans, y passent la tête.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ils m’invitent à regarder l’intérieur : j’y trouve un large plancher de troncs et rien d’autre. Pas un trait de lumière, il fait très sombre. La seule ouverture est là où j’ai passé ma tête.
L’un d’entre eux engage la conversation dans un anglais plutôt bon, qui me surprend en rapport à l’image que j’avais du niveau d’un enfant de leur âge. Il m’explique qu’il y a 17 jeunes qui dorment chaque nuit ici, sur des peaux de bêtes posées sur le plancher en  bois. Avec son copain, ils s’amusent à grimper à la charpente.

Ethiopie : le peuple Konso

Ethiopie : le peuple Konso

 

La bavard est habillé aux couleurs du pays : il me dit avoir 10 ans et s’appeller Obama, comme le président des États Unis ! J’apprendrais plus tard, par notre guide qui connaît bien l’enfant, que son nom est Lamita, qu’il maîtrise en effet mieux l’anglais que les autres enfants, mais qu’il manque souvent l’école pour suivre les touristes dans le village et tenter de gagner quelques pièces. D’ailleurs, il demande en tendant la main : « Money, money ?« .
C’est l’avantage d’avoir un interlocuteur avec lequel on peut discuter dans une langue commune : je lui dis que je sais qu’il n’a pas le droit d’être payé. Il sourit, n’insiste pas, et continuera quand même à jouer à côté de nous, à nous suivre et à nous parler.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Nous poursuivons notre balade dans le village en empruntant des chemins propres et bien nets, zigzagant entre les murets séparant les maisons.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Les familles vivent dans un enclos composé de quatre ou cinq maisons : une pour la cuisine, une autre pour conserver les aliments, une autre pour les animaux, et une ou deux pour les chambres… Comme dans la vallée, les maisons sont faites en bois et terre, avec un toit de chaume. Une maison a une durée de vie de 20 à 50 ans suivant l’épaisseur de son toit. Le toit de chaume est idéal : il permet une bonne thermorégulation de l’habitation (la chaleur peut s’échapper à travers les herbes et protège aussi bien du soleil que de la pluie.
Mais il coûte cher à fabriquer, il faut aller chercher à plusieurs dizaines de km les herbes qui composeront le toit. Ce qui fait qu’aujourd’hui beaucoup d’habitants optent pour des maisons rectangulaires, avec toit en tôle, moins cher et plus facile à installer. Mais la tôle rend les maisons très bruyantes et très chaudes… comme quoi la modernité n’est pas forcément un progrès !

Ethiopie : le peuple Konso

 

Les accès aux enclos sont très étonnant, travaillés sous forme de porches en bois.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Une vieille femme nous propose, contre argent, d’entrer dans son enclos et de visiter ses huttes.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

A l’entrée se trouvent trois statues. En entrant je ne les ai pas remarquées… donc je ne sais pas ce qu’elles représentent ni leur fonction 🙁

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

L’enclos comporte cinq huttes. Sur la photo ci-dessous, à gauche, on voit un bout du toit de la hutte pour stocker le grain. Au fond derrière le tissus orange est la hutte cuisine. Au milieu une chambre, et à droite on voit un bout de la hutte pour les animaux. Derrière cette hutte se trouve la cinquième qui est aussi une hutte chambre.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Le jeune Lamita m’y accompagne et se transforme en guide. Il me fait entrer dans la hutte cuisine.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

On y retrouve le foyer au fond, quelques ustensiles de cuisine et de quoi s’asseoir sur des peaux de chèvre :

Ethiopie : le peuple Konso

 

Lamita entre ensuite dans la hutte grenier à grain.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Il en sort quelques graines de sorgho et de soja (dont le pays est d’ailleurs exportateur !), la base des repas chez les konsos.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Les huttes « chambres » sont fermées avec des cadenas, nous ne pourrons pas les voir. A côté de le hutte bergerie, quelques chèvres et leurs petits :

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Claudine Remiot

 

Nous remercions la maîtresse des lieux et reprenons notre visite.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

 

Nous passons la tête dans d’autre enclos : toujours la même organisation.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Claudine Remiot

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Parfois, le chemin est en bord de colline, ce qui nous laisse admirer les maisons au milieu de la végétation avec une vue panoramique sur la plaine. Magnifique.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Nous remarquons un important nombre d’enfants avec un gros ventre, ce que nous ne voyons pas dans les autres villages visités. Nous nous interrogeons sur la malnutrition. Notre guide nous explique que c’est dû à l’eau infecté : les enfants ont des vers. L’état fourni deux fois par an aux enfants des pilules pour nettoyer leur intestins. Ce n’est donc pas de la malnutrition, d’ailleurs ils ne sont pas particulièrement maigres.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Un peu plus loin une autre femme nous invite à rentrer chez elle : elle est en train de s’occuper de ses céréales.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Puis nous débouchons de nouveau sur une large place, près d’une autre maison commune.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Sur cette place se trouve un très haut totem composés de plusieurs troncs érigés vers le ciel. Notre guide nous explique que c’est la place centrale.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Le village a un leader, élu par les villageois pour un mandat de 18 ans. A chaque élection, un nouveau tronc est ajouté, toujours plus haut que les précédents en l’honneur du nouveau chef. Et si on ne trouve pas de nouveau tronc assez grands, c’est simple : on raccourci un peu les précédents !

Ethiopie : le peuple Konso

 

Les troncs sont mangés par les termites : les plus abîmés sont retirés petit à petit. Normalement, il devrait y en avoir plus de 200 ici, ce qui montre l’âge du village.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Le guide nous raconte aussi la tradition des obsèques des chefs. Des célébrations particulières sont pratiquées : le cadavre est vidé et embaumé, puis le corps est veillé pendant 9 ans, 9 jours et 9 heures. Et seulement après arrive la cérémonie d’enterrement !
Il faudrait vraiment qu’un touriste soit chanceux pour pouvoir y assister…

Poursuivant notre route, Pascal découvre un bar, où les habitants boivent de la bière dans des petites calebasses.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Un peu plus loin, c’est un petit enclos de bananier que nous croisons.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Ethiopie : le peuple Konso

 

Le paysage est toujours superbe, nous ne nous en lassons pas.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Pascal enchaîne sur quelques portraits :

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Sans oublier Lamita, notre apprenti guide :

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Nous nous arrêtons près d’une troisième hutte collective.

Nous interrogeons alors notre guide sur sa vie personnelle : il vient d’un autre village mais il habite en ville (à Konso) pour son travail, pas loin du bureau des guides touristique. Il a une femme et 5 enfants, de 7 à 19 ans. La plus grande est à l’université et apprend le management, sa seconde se dirige vers des études d’infirmière. Sa femme travaille dans les champs et vit au village avec les enfants, et il retourne les voir le plus souvent possible.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Comme la coutume le veut, son mariage a été arrangé par ses parents, peu après ses vingts ans. Il ne s’en plaint pas, même s’il reconnaît que les jeunes d’aujourd’hui cherchent à s’émanciper de ce fonctionnement. Il est très content de sa femme : « she is a hard worker » nous précise-t-il. A la question peut-il y avoir de l’amour quand on ne se choisi pas, il répond par l’affirmative.

Les mariages sont traditionnellement arrangés : une dote importante accompagne la fille pour son mariage, mais le sens est différent de celui que nous avons eu dans nos pays. Ici, c’est la famille du futur marié qui offre une somme d’argent (environ 1500 birr, soit 60 euros) avec des vêtements, du miel, du beurre… à la famille de la futur mariée, en dédommagement de la paire de main travailleuse qu’elle perd.
Le divorce n’existe pas chez les Konso. Dans le cas d’un conflit, par exemple une femme est battue par son mari, c’est alors le clan qui juge et peut appliquer la sentence : dans ce cas, le mari sera battu par les chefs du clan pour qu’il comprenne la leçon.
Aujourd’hui, l’état éthiopien reconnaît le divorce, cela s’applique donc à tous les citoyens, dont les membres des tribus.

Dernière nous, Lamita et son copain jouent à l’awélé.

Ethiopie : le peuple Konso

 

Dernière photo volée…

Ethiopie : le peuple Konso

 

… et notre visite s’achève, nous retournons au minibus près duquel nous attend Guétiyé.

Ethiopie : le peuple Konso Photo par Pascal Dellouve

Bilan de cette visite très très très positif. Le village est particulièrement intéressant car c’est un « vrai » village que nous visitons, le gens y vivent et y travaillent, ils ne jouent pas leur présence,  contrairement à ce que nous avions vu chez les Dorzes.

Notre guide a réalisé une réelle visite guidée, très riche et intéressante. Et les gens — du moins ceux qui le voulaient bien, car beaucoup sont restés caché ou ne voulaient pas être photographiés — sont ouverts, positifs et curieux de notre présence !

 


 

Pour compléter, j’ai trouvé sur Internet pas mal de ressources concernant le peuple Konso :

  • Voici tout d’abord un documentaire réalisé par un voyageur : Nurettin Yilmaz.

  • Un autre bel article sur le blog de Bertrand Lamon :

Ethiopia – Omo Valley – Konso

Une réflexion sur “Éthiopie : visite d’un village Konso

Laisser un commentaire