Le film « La Rafle » : l’Histoire… mais derrière ?

Blade Runner La Rafle raconte fidèlement (je n’y étais pas, mais c’est le cas si je m’en tiens aux avis des témoins de l’époque) une période noire de notre histoire nationale. Devoir de mémoire, devoir d’analyse aussi pour que le « plus jamais ça » tant souvent entendu devienne une réalité.

La Rafle : un film prenant, dérangeant, utile … mais inachevé.

Prenant car l’on suit l’Histoire, celle avec un grand « H », celle de notre pays. Le fil conducteur du film nous fait accompagner le vrai destin d’un enfant, Joseph Weissmann, dans sa dure confrontation au drame de la condition des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Film d’apprentissage où l’on passe de l’insouciance des rues de Paris, malgré le port de l’étoile jaune, à la maturité imposée par la fuite du camp de Beaune-la-Rolande.

Dérangeant car c’est un épisode de l’histoire de France dont nous nous serions bien passé : passage douloureux où la France a faibli, où certains Français ont laissé de côté l’égalité, la liberté et la fraternité. Où l’individualisme a contribué au laisser-faire d’une époque si difficile, aujourd’hui, à accepter.
Dérangeant aussi, car même si l’on peut chercher à se dire que cette France du passé n’était pas la notre, le fait de voir les gendarmes français, dans des tenues très proches de celles d’aujourd’hui, nous oblige à ouvrir les yeux. C’est bien la police française qui est coupable de cette rafle et des camps dits « de transit » sur le sol français.

Utile, assurément, car le devoir de mémoire est nécessaire, obligatoire. La France fût double à cette époque ; et si l’on veut conserver la mémoire de la résistance et de De Gaulle, il ne faut pas oublier non plus la collaboration et la politique de Pétain.
D’autant plus utile – et dérangeant – qu’il y a fort à dire de la société française actuelle et ce film vient en échos à des mots, des discours, des situations dont nous sommes régulièrement témoins. Et je me dis que l’équilibre est fragile, que tout pourrait recommencer un jour où l’autre. Et j’en tremble.

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Le film en tant que tel n’apporte rien, ou pas grand chose, à l’Histoire. Elle est connue par beaucoup, même incomplète, et a été plusieurs fois abordé en livres et émissions de télévision. Mais il n’y aura jamais trop d’occasions de parler de ces événements et le vecteur cinéma est le meilleur pour toucher le maximum de personnes.
La démarche est donc saluable, quoiqu’assez pauvrement réalisée. Les images du Paris du milieu du XXe siècle sonnent par trop artificielles. Le jeu des acteurs est très inégal aussi bien celui des enfants que des adultes. Beaucoup de scènes sonnent creuses, et Rose Bosch, la scénariste et réalisatrice, semble hésiter entre grand-spectacle-émotion et documentaire-réalisme. C’est dommage : ses recherches historiques (trois ans de préparation, de nombreux témoins rencontrés…) donnent au film une assise de vérité incontestable, mais malheureusement mal servie.

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Je reste donc largement sur ma faim. Le film nous conte des faits, mais ne nous explique pas grand chose : savoir est une chose, comprendre en est une autre.
Le côté politique et sociétal est à peine esquissé. Bien sûr nous voyons Pétain, Laval, et Bousquet en train de préparer la sombre journée du 16 juillet 1942, puis suivre ensuite le devenir du « fardeau » de ces juifs et des enfants dont ils ne savent que faire. Mais rien sur le fond idéologique, rien sur les raisons (ah si, on voit que Pétain a peur pour son poste, de la réaction de la population, s’il livre 25 000 juifs aux allemands…). Rien sur l’avant et l’après. L’épicière, si prompt à fustiger les juifs, quel était son comportement avant l’occupation? Le policier, qui refuse de faire quoi que soit car il a « une famille à nourrir », quel regard porte-t-il sur son action, après ? …

Ce film n’arrive pas à la cheville de La Liste de Schindler, mais il existe, et c’est déjà une bonne chose. A voir donc, pour l’Histoire. Quant au pédagogique, on attendra un prochain film.

Dans la salle du cinéma, le silence lourd qui a suivit la projection a été brisé par une voix d’enfant quelque part derrière moi : « pourquoi ils ont fait ça ? ».

Pas de réponse.

 

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POUR ALLER PLUS LOIN, DES LIENS :

« C’est important de montrer ce que l’humanité est capable de faire aux enfants, de montrer la détresse de ces enfants qui, une fois qu’ils avaient été séparés de leurs parents, n’avaient pas d’autre issue, alors qu’ils n’avaient encore vécu, que d’attendre la mort comme une délivrance… Les Nazis et Vichy ont mené une guerre incroyable aux enfants. Quand on y pense, c’est inimaginable… En 1942, j’ai été condamné à mort, je ne pensais pas alors qu’en 2010 je vivrais encore ! Ce qui m’a sauvé, c’est mon instinct de survie, des gènes assez solides, et le fait que je sois un type plutôt optimiste et joyeux. Je déteste ce qui est négatif. Si je suis assailli de tristesse et me retrouve au fond du trou, je donne un coup de pied pour remonter. Je ne veux pas y rester, je m’appuie sur mes enfants et mes petits enfants. Évidemment quand j’évoque ça, ça m’étreint, ça m’étouffe… Comme lorsque j’entends qu’un bateau chargé de “boat people” a sombré dans la mer et que ses passagers se sont noyés ou qu’on a ramené chez eux des gens qui avaient fait – et on imagine bien les difficultés et les obstacles rencontrés – des milliers de kilomètres pour fuir leur pays où ils étaient malheureux et crevaient de faim… Je me sens entièrement solidaire avec eux dans ma chair. C’est aussi pour ça que je crois que c’est important de raconter cette histoire-là aux jeunes d’aujourd’hui. Ce sont eux qui vont écrire l’histoire de demain. Si le film a une raison d’être, c’est celle-là. »
Joseph Weismann, extrait du dossier de presse.

Interview de Rose Bosch, scénariste et réalisatrice.

Le témoignage d’un Joseph Weismann, qui a vécu la rafle du Vel d’Hiv.

Making-of du film « La Rafle ».

Wikipédia : Rafle du Vélodrome d’Hiver.

Wikipédia : Le camp de Beaune.

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