Le web aujourd’hui

Les chroniques « Web social : passé, présent et futur » se poursuivent. Après une histoire d’Internet, puis du web, nous arrivons aux temps présents : aujourd’hui je vous parlerai donc du web actuel… le web 3.0.


 

Dans la chronique précédente, je vous présentais le web comme une médiathèque, là où tout le monde pouvait, depuis les années 1990, créer et diffuser des productions originales, librement, et gratuitement. Nous avons vu aussi que les consommateurs de cette médiathèque s’organisaient en groupes sociaux depuis le début des années 2000 pour consulter, exploiter et critiquer ces productions ensemble, en partageant l’information entre eux et contribuant à la diffusion de certains contenus, tandis que d’autres se trouvaient irrémédiablement déclassés. C’est cette évolution qu’on appelle web 2.0.

Le web ne s’est pas figé sur ces outils collectifs, nous assistons aujourd’hui au développement du web 3.0, qui intègre trois évolutions convergeant toujours vers une meilleur valorisation des contenus.

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La première évolution concerne ce qu’on appelle « le web des objets », c’est à dire la première incursion du web dans le monde physique, grâce à la multiplication des appareils connectés.

La domotique en est l’élément le plus visible, et le plus fantasmé, par le grand public : chez certains particuliers, ouvrir et fermer ses volets à distance, via Internet est déjà une réalité. Tout comme, dans les entreprises, la gestion des stocks automatisé, grâce aux puces RFID. Et il y a de nombreux objets auxquels beaucoup de gens ne pensent pas, tellement ils sont banals dans notre vie quotidienne : je veux parler des smartphones, des tablettes, des GPS de voiture, des nouveaux compteurs électriques, sans oublier, depuis peu, les lunettes et les montres connectées… Tous ces appareils sont constamment reliés à Internet, il nous suivent partout, et peuvent nous rendre de grands services. Selon l’entreprise Ericsson, il y a déjà 12 milliards d’objet connecté dans le monde, soit deux fois plus que de téléphones portables. Et ce chiffre devrait monter à 50 milliards en 2020.

Demain, nous pouvons nous attendre à avoir tous, chez nous, par exemple des réfrigérateurs connectés, capables de gérer leur propre contenu et de passer automatiquement la commande au supermarché du coin en fonction de ce que la famille aura consommé dans la semaine…

Demain, nous ferons notre footing avec des chaussures connectées, qui enregistreront la distance parcourus, le rythme, l’effort fourni et les calories dépensées, et qui enverront ces données directement dans notre dossier médical en ligne que notre médecin pourra consulter de son cabinet.

Demain, nous aurons des serrures connectés, verrouillables et déverrouillables à distance ; des pots de fleurs nous envoyant sur notre smartphone le taux d’humidité de la terre, ainsi que l’ensoleillement sur la plante…

Bref, je vous laisse compléter la liste et je fais de nouveau appel à votre imagination pour inventer les applications pratiques au quotidien à tous les objets qui vous entourent.

 

Le web des objets est intimement relié à la notion de « web sémantique ». Le web sémantique c’est principalement l’analyse, la compréhension et le traitement automatisé des contenus et des liens par ce qu’on appelle des « agents logiciels ».

Tout d’abord, il y a eu l’usage des mots-clés, dès les années 90 : l’auteur caractérise sa production avec un ensemble d’éléments textuels qui permettent à un moteur de recherche de pouvoir affiner sa proposition de résultat suite à une requête. Puis il y a eu les métadonnées, dont font partie les mots-clés, mais qui englobe un ensemble de données dont la production est automatisée. Par exemple la géolocalisation automatique d’un commentaire sur un réseau social, ou encore les données EXIF sur les photos numériques, qui reprennent la date, l’heure, l’ouverture de la focale, le temps d’exposition, la puissance du flash… et aussi maintenant les données de géolocalisation.

Ces données peuvent être lues et exploitées automatiquement par des agents logiciels, des programmes qui exécutent en autonomie une commande précise en exploitant ces données. Attention, je ne vous parle pas ici d’intelligence artificielle. Ces agents sont programmés pour appliquer un schéma heuristique ou une formule algorithmique. Par exemple, vous trouverez sur certains sites Internet d’entreprises les agents conversationnels : présentés sous la forme de personnes artificielles, avec qui il est possible d’engager une conversation. Ce ne sont rien d’autre que des programmes informatiques qui sont capables d’analyser votre question pour en extraire le sens et formuler la réponse adaptée. Le logiciel Siri, développé par Apple, est une version orale de ces agents conversationnels.

L’analyse sémantique est un vrai défit pour les scientifiques, car jusqu’à présent seule l’intelligence humaine était capable de comprendre le sens d’un texte. L’enjeu est donc d’automatiser cette compréhension en permettant à un logiciel d’assimiler, par exemple, le mot « note » et de savoir s’il est question d’un petit texte de bas de page, d’un élément musical, d’un document administratif ou encore d’une forme conjuguée du verbe « noter ».

L’intérêt est grand, car, aujourd’hui, il se crée quotidiennement bien plus d’informations qu’il est humainement possible de traiter. L’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, estimait en 2010 que nous produisions tous les jours plus de 2 exaoctets (c’est à dire 10 puissance 18), 2 exaoctets de données informatiques. Sans analyse, traitement et classement automatisé, le web se perdrait dans un magma d’informations mélangées et perdues.

On appelle cette masse d’information le « big data », et c’est là le troisième socle du web 3.0. Les données sont partout, produites aussi bien par l’Homme que par les machines. Dans les entreprises, la course est lancée : ceux qui sauront gérer et exploiter ces données auront un avantage certain. Les états entrent aussi dans la dynamique en libérant leurs données, c’est « l’open data » dont on entend beaucoup parler depuis quelques mois. L’information circulant librement, gratuitement, portée à la connaissance de tous, et exploitable par tous. Le rêve de Tim Berners-Lee prend forme petit à petit… Et si, malheureusement, un nouvel enjeu apparaît : celui de la capacité à comprendre et utiliser ces informations, il est claire que l’évolution du web est inexorable vers un état d’autonomie et – j’ose le mot – d’intelligence toujours plus performant pour permettre à l’individu d’obtenir les réponses pertinentes à toutes ses questions et de maîtriser au mieux son environnement. A la condition, tout de même, que l’éducation au numérique des nouvelles générations soit à la hauteur.

Le web 3.0, c’est donc cela : le web des objets, le web des données, et le web sémantique. Nous pouvons nous attendre à toujours plus de connexions, toujours plus d’informations, toujours plus d’automatisation. Mais avons-nous toujours plus de contrôle sur notre environnement quotidien ? La question se pose et doit rester à l’esprit de chacun. La facilité est-elle toujours souhaitable ? N’abandonnons-nous pas nos informations personnelles dans une sphère immatérielle qui nous échappe ?

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