Les portraits de Pierre Gonnord

Pierre Gonnord« La zone la plus intéressante dans le monde est le visage humain »
Pierre Gonnord

Partant de ça, dans mon club photo, nous avons voulu en savoir plus sur ce photographe et tenter de nous inspirer de son œuvre.

gonnord

Pierre Gonnord, né à Cholet en 1963, réside depuis une vingtaine d’année en Espagne, à Madrid.

Son travail est reconnu par la critique comme étant une des approches contemporaines les plus intenses du portrait. Il aime les gens, il aime les
montrer, les exalter, sans concessions, mais aussi sans jugement : au travers de ses photos apparaissent les profils psychologiques des différents groupes humains.


Depuis sa première série l’objectif est constant : saisir l’humanité derrière les photos de marginaux, qu’ils soient immigrant, sans-abri, tsigane…

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Bernardo (Gonnord, 2006)

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Olympe (Gonnord, 2006)

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Krystov (Gonnord, 2007)

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Los Salares (Gonnord, 2008)

« J’ai soif de rencontres avec des gens à part ou les oubliés de notre société. J’en ai besoin. Ils m’aident à avoir un comportement juste, sans faux-fuyants ni hypocrisie. Avec eux, inutile de tricher. On doit se présenter tel qu’on est, sans fausse compassion, ou c’est le rejet. Surtout les Gitans. Ils ont l’art de vous gratter la peau pour voir ce qu’il y a dessous. Si la photographie ne me permettait pas cela, je ferais autre chose. » Pierre Gonnord

Les personnages de Gonnord nous imposent leur présence – tranquille, sans agressivité ni colère – et semblent évoluer dans un temps suspendu.
Comme dans la peinture religieuse du XVIIe siècle, avec ses fonds noirs, ses clairs-obscurs, son traitement des couleurs, qu’on croirait couvertes d’un glacis, Gonnord en fait des personnages bibliques – Christ, larrons, aveugles, martyrs et saints – échappés d’une toile de Zurbarán ou du Caravage.
D’autres images évoquent des portraits de Soutine ou ceux des daguerréotypes du XIXe siècle.

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Maria (Gonnord, 2006)

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Artopoeus (Gonnord, 2006)

Photographies à mettre en regard de ces exemples de peintures du XVIIe siècle :

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David et Goliath (Le Caravage, 1600)

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Autoportrait (Velasquez, 1643)


« Je choisis mes contemporains dans l’anonymat des grandes villes parce que leurs visages, sous la peau, racontent les histoires remarquables de notre époque. Parfois hostile, presque toujours fragile, et très souvent blessé derrière l’opacité de leurs masques, ils représentent des réalités sociales spécifiques et, parfois, un autre concept de la beauté. » Pierre Gonnord

Gonnord a un sacré culot. Sa démarche s’apparente à celle d’un vendeur au porte-à-porte. L’artiste cherche ses modèles au hasard de ses déambulations. Lorsqu’il croise « quelqu’un qui tranche sur le troupeau des urbains », il l’aborde. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance, au Japon, de Yum, une moine bouddhiste ; à Madrid, d’Antonio, un ancien boxeur « tout droit sorti d’un roman de Tchekhov ». Ou encore d’Ali, un dealer parisien de la Goutte-d’Or derrière lequel il a dû « cavaler », celui-ci l’ayant pris, avec sa veste de cuir et son crâne chauve, pour un flic.

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Yum (Gonnord, 2006)

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Antonio (Gonnord, 2004)

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Ali (Gonnord, 2006)

Ses projets le poussent vers les prisons, les hôpitaux, les refuges sociaux, centres de réadaptation, des monastères, ou dans des cirques. « Parce que notre société est là aussi » dit-il.


« L’essentiel : le visage et les yeux. Regarder dans les yeux, c’est entrer dans une dimension intime de l’autre, c’est plonger dans la vérité de celui qui nous fait face. » Pierre Gonnord

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Série Regards (Gonnord, 2006)

De tout ce qui a été écrit sur le portrait, on ne retiendra que deux conceptions qui se font face et parfois s’entremêlent : l’introspection et la description. L’oeuvre de Pierre Gonnord ne peut être saisie que dans un va et vient entre ces deux notions. Dans un premier temps, les apparences qui marquent une différence l’attirent. Pourtant, il les dévêt et ne garde que ce qu’il considère déjà comme essentiel : le visage et les yeux.

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Série Regards (Gonnord, 2006)

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Série Regards (Gonnord, 2006)

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Série Regards (Gonnord, 2006)

« Le visage de l’homme n’est pas le miroir de l’âme, c’est une histoire, une oeuvre qui appartient à l’inconscient collectif. Chaque individu est une part de l’humanité. Et c’est cette part d’humanité commune à tous que je recherche dans mes rituels photographiques. » Pierre Gonnord

Plus tard, alors qu’il s’intéresse d’avantage à l’appartenance à un groupe social, familial ou historique avec les geishas, les yakuza, les personnes vivant dans la rue et les gitans, c’est encore l’individu qu’il place au centre de ses recherches. Car sa conception du portrait est mixte et s’inscrit aussi bien dans ce qui définit la place d’un individu en marge de la société que dans ce qui fait qu’il existe par lui-même.

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Yakuza (Gonnord, 2003)


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De tailles imposantes, les photographies de Pierre Gonnord obligent le spectateur à une confrontation directe avec le modèle, à une rencontre avec ceux auxquels, sans lui, nous n’aurions peut-être jamais eu accès. Le spectateur voit des visages presque aussi grands que lui, dont il peut percevoir les plis et les rides, les plaies et les fentes, lui permettant d’accéder à ce qui palpite sous la peau.

« Pour moi, la règle du portrait, c’est la rencontre, dans le silence et la pénombre du studio. La personne est debout devant moi, raide, figée. Je la laisse à ses libres pensées et j’essaie de capter avec la plus grande économie de moyens ce qu’il y a sous son regard, sous sa peau, de percer le mystère. Les séances de prises de vue sont courtes pour éviter de la transformer en modèle. » Pierre Gonnord

Il ne photographie quasiment qu’en studio, sur fond noir. Il cadre en laissant un peu d’épaule, ce qui laisse voir que ces modèles torses-nu, majoritairement de sexe masculin.

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Série Regards (Gonnord, 2006)

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Jyan (Gonnord, 2005)

Les modèles sont pris de face ou de trois quart, bien souvent du profil gauche, toujours regardant l’objectif.

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Série Regards (Gonnord, 2006)

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Javier (Gonnord, 2004)

Les quelques femmes photographiées sont le plus souvent prises habillées.

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Nathalie (Gonnord, 2008)

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Konstantina (Gonnord, 2008)

Certains modèles sont pris plus large, toujours torse nu. Ce sont souvent les enfants ou les adolescents.

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Lazaro (Gonnord, 2007)

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Moises (Gonnord, 2006)

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Diego (Gonnord, 2006)

Mais pas que…

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Francisco (Gonnord, 2004)

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Kyril (Gonnord, 2005)


Ses images ne sont jamais retouchées. Et si elles évoquent de la peinture, c’est presque à son corps défendant.

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Senen (Gonnord, 2009)

Son protocole photographique est on ne peut plus simple : l’artiste gomme le décor en tendant un drap de couleur (noir ou gris-vert) derrière son modèle et éclaire avec délicatesse la face de son sujet ou le pli d’une robe avec les moyens du bord. Parfois en laissant filtrer un faible rayon de lumière par l’embrasure d’une fenêtre. La séance avec son Hasselblad posé sur un trépied ne dure jamais longtemps. Les bonnes photos, dit Pierre Gonnord, surgissent « juste avant l’apprivoisement mutuel », lorsqu’il reste encore une distance entre lui et son sujet.

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El Manuel (Gonnord, 2008)

Le clair-obscur d’abord détache en une apparition lumineuse, le sujet de l’obscurité. Ce qui apparait primordial, c’est la volonté de rendre le détail majeur, de repositionner la marge au centre., comme les marginaux que Gonnord replace au centre de la société, dans une salle d’exposition.

Eclairer au maximum la peau pour la faire devenir matière, c’est mettre en avant une autre vérité du portrait.

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Eloiza (Gonnord, 2009)

Les lumières sont faibles mais suffisantes, les cadrages rapprochés mais pas trop, et les tissus sculptés par les ombres : juste ce qu’il faut. Les couleurs, les éclairages subtils, la neutralisation du fond par le choix du noir font jaillir sur le devant de la toile la moindre ride de chaque visage éclairé sans violence.

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Yamanoto (Gonnord, 2008)


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Le site Internet de Pierre Gonnord : http://www.pierregonnord.com/

Cet artiste nous a touché par ses portraits… La réunion hebdomadaire du CIA63 (Collectif Images Auvergne) du 4 mai 2010 avait pour objectif de faire quelques photos « à la manière de » Gonnord…

Y sommes-nous arrivés ?

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Anonyme (Garr & CIA63, 2010)

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Adrien et Anonyme (Garr & CIA63, 2010)

3 réflexions sur “Les portraits de Pierre Gonnord

  1. Un petit / grand merci (sincère) sincère à l’auteur responsable de ce blog pour nous avoir montré – et fait connaitre – ces photos, avec délicatesse et recherche.
    Le sujet l’exigeait. Nous avions hésité à faire le trajet Isère / Clermont Ferrand…
    Belle leçon de philosophie.

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