Midnight Special, de Jeff Nichols (avec SPOILERS !)

Midnight SpecialJ’ai profité du Printemps du Cinéma pour aller voir Midnight Special. Pour trois raisons :
1. J’ai beaucoup aimé Mud, précedent film de Jeff Nichols.
2. L’affiche me fait penser au clip Midnight City de M83, dont j’aime la musique.
3. Le pitch semble présenter une histoire proche de Sixième Sens, que j’ai aussi aimé !
Alors avec ces trois influences, je m’attendais à passer un bon moment.

 

Et je l’ai passé, ce bon moment !

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Je n’ai pas vu passer le temps, les 1h51 du film auraient pu se poursuivre tant j’étais pris dans cette fuite haletante, à l’ambiance grave, au suspense constant jusqu’au dénouement ultime, qui me laisse au final sur ma faim tant les questions ouvertes par l’histoire sont nombreuses à rester sans réponses…

L’histoire : Un père part en cavale pour protéger son petit garçon Alton et découvrir l’origine des pouvoirs extraordinaires de son fils. Fuyant d’abord des fanatiques religieux et des forces de police, les protagonistes se retrouvent bientôt les proies d’une chasse à l’homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d’accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

 

-*-*-*-*-*-*-*-   A T T E N T I O N   S P O I L E R S   !   -*-*-*-*-*-*-*-

Les influences sont très nombreuses dans ce film. Jeff Nichols semble avoir repris différents ingrédients venus d’autres films pour condenser l’ensemble :

Le tout est lié dans une interrogation de la parenté, saupoudré de fanatisme religieux.

Joli cocktail !

 

Le mystère, élément central

Le film ne laisse pas de place pour l’installation des personnages. Dès les premières secondes on est embarqué dans une fuite qu’on ne comprend pas : deux hommes ont enlevé un enfant et sont recherchés par la police. Jusque là, rien d’extraordinaire : une histoire de rapt. On apprend rapidement que un des hommes, Roy, est le père de l’enfant, Alton. Bon, une histoire de divorce qui tourne mal ? Et puis, nous avons une première déstabilisation : l’enfant est super calme, totalement consentant.

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Ce détachement, ce calme du gamin plongé dans une BD de Superman (tiens ! un autre personnage aux pouvoir surnaturels) contraste avec le stress des hommes et instille un décalage déstabilisateur pour le spectateur. La réalisation du film est sur ce point parfaite. Sans avoir de flash back ou d’explications extérieures (en dehors de la TV qui indique que le trio est recherché), l’atmosphère pesante est posée en 10 minutes : les hommes sont bons (ils s’inquiètent de la santé d’une personne accidentée) mais déterminés (ils tirent sur un flic qui reconnait leur voiture). Pourquoi fuient-ils ? Où vont-ils ?

Petit à petit, quelques réponses arrivent : Roy et Alton se sont enfuis d’une secte (« le Ranch ») qui interprète les pouvoirs surnaturels de l’enfant comme des messages de Dieu. Accompagnés par Lucas, un policier ami d’enfance de Roy, ils ont quatre jour pour rejoindre un lieu inconnu pour que l’enfant se réalise. Parallèlement, le FBI est sur leur trousse aussi : le surnaturel fait peur… et si l’enfant était une arme ?

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Jeff Nichols a l’habitude des films mystérieux. Dans son précédent film Mud, il fallait un certain temps comprendre la situation. Le spectateur était laissé dans le flou pendant une bonne moitié du film… Sauf que ici, le dénouement ne répond pas à grand chose et laisse en plan un nombre important de questionnements. C’est volontaire, mais moi ça me frustre quand même quelque peu.

En vrac :

  • Alton n’est pas de ce monde, mais comment y est-il arrivé ? Il a pourtant des parents tout ce qu’il y a de plus normal (quoique les toutes dernières images ouvrent sur de nouvelles questions).
  • Alton a des crises. Une lumière forte lui sort des yeux, il semble en souffrir terriblement. Et parfois non.
  • Au début du film, Alton ne doit pas être mis au soleil, cela semble accentuer ses crises. Et puis il demande a voir un lever de soleil, et puis ça va mieux. Ah bon.
  • L' »autre monde » (je ne sais plus s’il est nommé dans le film) se révèle pour accueillir Alton à la fin du film. Tout le monde voit leurs impressionnantes et majestueuses constructions sur des milliers de kilomètres à la ronde… puis tout disparaît. Et ça ne semble changer en rien la suite des événements ! Lucas est interrogé par la police, Roy est en prison…

Bref, des trucs comme ça, il y en a quelques uns. Et ce n’est pas le genre de film a préparer une suite, donc je resterai avec mes interrogations.

Sans oublier des bizarreries scénaristiques nécessitées par l’évolution de l’histoire :

  • Alton a des pouvoirs importants qu’on découvre petit à petit. Il est capable de faire tomber de l’espace un satellite et lorsqu’il est interrogé par le FBI il déverrouille les portes à distance, il coupe le courant de toute une base militaire. Mais ne peut rien faire pour empêcher les hélicoptères et autres véhicules de mettre en danger la vie des adultes qui l’aide ?
  • Un agent de la NSA (oui, la NSA, c’est rare dans les films, on voit plus souvent le FBI et la CIA, mais depuis les révélations de Snowden, la NSA est connu de tout le monde) a pour mission de décrypter les messages révélés par Alton du temps où il était dans la secte. Il entoure deux nombre et hop il a trouvé ! Et à nous, spectateurs, on nous explique ?
  • Cet « autre monde » est visible sur un périmètre gigantesque. Et pourtant il a fallut à Alton et compagnie, venant du Texas, rouler des centaines de kilomètres. Or, sur la vue aérienne, le Texas se trouve dans la zone couverte par l' »autre monde ». Le dangereux périple était-il vraiment nécessaire ?
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La parentalité interrogée

Comme dans Mud, la parentalité et la figure du père sont des éléments importants autours desquels l’intrigue s’installe. Je n’ai pas (encore) vu les deux premiers films de Nichols, je ne sais pas si c’est un sujet récurent chez lui.

Roy, le père, qui récupère à mi-parcours Sarah, la mère, est prêt à tout pour le bien-être de son fils. A la minute même où on découvre les personnages, on sent la confiance et l’amour qui relie Roy et Alton. A aucun moment elle n’est mise à mal. Roy suivrait son fils au bout du monde s’il lui demandait, car il sait que Alton a la clé. « Alton est plus important« , dit Roy quand sa route se trouve bloquée. Mais on n’est pas là sur une considération individualiste, d’égo personnel du père qui glorifie son enfant-roi. Alton, c’est l’enfance avec ses besoins vitaux pour le futur, c’est la génération qui vient, c’est l’avenir de l’humanité.

« Un père et son fils : ils ont un chemin à faire ensemble, vers l’inconnu. » dit Jeff Nichols dans une interview.

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Après eux court la secte du Ranch, qui prend Alton pour un messie et pense s’en servir pour accéder au Paradis. Là aussi, la métaphore du monde actuel est forte. Les membres du Ranch ont foi en Alton et veulent le récupérer. Roy a foi en Alton et va le libérer.

 

Roy est l’élément agissant du début du film puis, au fur et à mesure que le film avance, Alton s’affirme et prend le leadership de l’expédition. Roy continue de s’effacer pour laisser place à Sarah qui est celle qui accompagne l’enfant jusqu’à son départ.

Si le film commence comme un drame qui pourrait être celui du combat d’un père pour récupérer son fils, il vire dès l’entrée en scène de Sarah vers un drame familial complet : c’est l’histoire de parents qui sauvent leur enfant pour lui permettre de les quitter.
La mère contrebalance l’énergie du désespoir que libère Roy pour sauver son fils. Sarah est plus posée et elle voit plus loin : elle sait que Alton va disparaître à jamais et pourtant c’est elle qui va l’accompagner jusqu’au bout. C’est la vie de parent dans toute son essence : apporter tout ce qu’il faut en protection et amour pour permettre à la génération suivante de vivre sa vie, là où elle le doit et comme elle le veut.

« Je veux que les gens qui voient ce film rentrent chez eux pour serrer leurs enfants dans les bras » a d’ailleurs déclaré le Jeff Nichols.

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 Un film hommage aux années 80

C’est dans l’air du temps. 2015 a vu de nombreux vieilles productions des années 80 (ou pas loin) ressortir :  Star Wars, Terminator, Jurassic Park, Mad Max Mais ces films ne sont que des mises à jour, reprenant l’univers en mettant un scénario pleinement années 2010.

Midnight Special est LE vrai film hommage aux années 80 (avec le très bon Super 8, quand même, de J.J. Abrams) : les thèmes abordés, la réalisation, les effets spéciaux, tout rappelle les films que j’ai listé en début d’article. C’était l’époque où on suggérait plus qu’on ne montrait, limitation des moyens techniques oblige. C’était l’époque où on ne versait pas dans le larmoyant à la fin de tout drame. C’était l’époque où la famille avait une place dans les films.

De cette époque reste Steven Spielberg, qui poursuit ponctuellement cette vision du 7e art comme en témoignent Intelligence Artificielle ou la Guerre des Mondes.

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Aux débuts du réalisateur Night Shyamalan, la critique annonçait le nouveau Spielberg. Puis Shyamalan a fait du Shyamalan (du très bon, comme du moins bon) et il n’a pas eu la talent de Spielberg pour élargir sa palette cinématographique.
Aujourd’hui, c’est au tour de Nichols d’être annoncé comme l’héritier. L’avenir nous le dira, mais sa courte filmographie parle, pour l’instant, en sa faveur : il a la capacité de proposer des choses différentes, à chaque fois.

D’ailleurs, la filiation, ou l’hommage, est clairement affichée :  dans le film un personnage, expert de la NSA, porte un nom qui pourrait être français, Paul Sevier, comme il y avait un Claude Lacombe (interprété par François Truffaut) dans Rencontres du Troisième Type, réalisé par Spielberg en 1978.

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Le film est beau. Visuellement. Au milieu du road movie haletant, Jeff Nichols nous offre quelques scènes magnifiques, de pure contemplation. Je pense à la scène de la chute du satellite à la station service (qui n’explose même pas, preuve qu’on n’est pas dans un blockbuster !), ou à celle du lever de soleil dans la compagne.
Mud nous avait déjà montré que le réalisateur avait un vrai amour des paysages et du beau à l’écran.

Au moment où gros film spectacle rime avec Marvel, Nichols tient à l’adjectif « épique ». « Pour moi, dit-il, ‘épique’ n’est pas synonyme de morceaux de bravoure dantesques mais de paysages émotionnels étendus. » Paysages émotionnels et paysages tout court, les deux se soutenant.

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C’est un film triste, mélancolique, sur le temps qui passe, sur l’enfance qui ne dure pas, sur le rôle de parent, sur la séparation… C’est sûrement cette mélancolie qui m’a fait aimer le film. Cette relation familiale est belle : faite de confiance, d’amour, de dépassement de soi, de sacrifice, pour permettre à son enfant de quitter ses parents à jamais pour qu’il puisse se réaliser.

C’est beau, c’est triste. C’est la vie.

 

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