Une histoire du web

Poursuivons mes chroniques « Web social : passé, présent et futur » sur les ondes de RCF 63, avec aujourd’hui la présentation du web et notamment son évolution des ses débuts, au début des années 90 jusqu’à aujourd’hui.


Aujourd’hui, nous allons donc suivre l’évolution du web, de sa première version, le web 1.0 dans les années 90, puis au web 2.0 que l’on connaît encore aujourd’hui, jusqu’au web 3.0 qui commence à prendre une bonne place dans nos usages de l’Internet.

Pour cela, je vais vous demander un petit travail d’imagination, de visualisation… Imaginez une bibliothèque, une bibliothèque monumentale sur plusieurs kilomètres de long et sur des dizaines d’étages… Dans cette bibliothèque, deux règles très simples.
La première stipule que n’importe qui peut ajouter un livre dont il est auteur sur les rayonnages. La création est libre : tout est accepté, aussi bien de simples feuilles griffonnées à la va-vite, qu’un mémoire en dix tomes, contenant différents médias, comme des images et des sons. Ce livre, vous le placez sur un rayonnage de cette gigantesque bibliothèque, sans avoir à demander l’autorisation à quiconque, sans avoir à passer par un éditeur qui aurait à valider la valeur marchande de son contenu.
Et la seconde règle stipule que n’importe qui, d’où qu’il soit sur Terre, pourra consulter ces livres, ces millions de livres, à volonté et gratuitement.

Cette bibliothèque extraordinaire existe : c’est le web. Ces livres, ce sont les sites web, les feuilles de ces livres sont les pages, appelées HTML. Je vous en ai parlé dernièrement.
Ainsi, n’importe qui peut devenir contributeur et n’importe qui peut devenir lecteur. La seule limite est la possession d’un ordinateur et d’une connexion à Internet.

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Souvenez-vous, au début des années 1990, on ne parlait pas encore beaucoup de l’Internet.
Il faut dire que l’informatique n’était pas encore entrée en masse dans les foyers français : seuls 10% des ménages étaient équipés en ordinateurs.
Heureusement, à ce époque, le prix de l’informatique baissait environ de 30% tous les ans. Le taux d’équipement a vu alors une croissance très rapide : de 10 % de taux d’équipement en 1990, la France est passée à 15 % en 95, 26 % en 2000, 68 % en 2009, 81 % en 2012… Actuellement, nous en somme donc là : plus de 4 foyers sur cinq sont équipés d’au moins un ordinateur, qu’il soit fixe ou portable. Par ailleurs, depuis 2005 une autre statistique est connue, celle du multi-équipement, qui concerne surtout les familles jeunes. Ainsi on apprend que, en 2012, deux adolescents sur trois vivent dans un foyer où plusieurs ordinateurs sont disponibles.

Mais posséder un ordinateur n’est pas suffisant pour profiter du web. Il faut bien évidement un connexion à Internet.
En France, en 1998, seuls 4 % des ménages disposaient d’un accès à Internet à domicile. Deux ans plus tard, le taux monte à près de 14 %. Depuis il n’a de cesse de grimper : il a passé en 2007 la barre des 50 % et il est aujourd’hui autour de 80 %. Pour ainsi dire, il n’y a quasiment plus, maintenant, d’ordinateurs domestiques qui ne soient connectés à l’Internet.

Retournons à la métaphore de la bibliothèque… Début des années 2000, elle aussi a évolué. Le contenu des livres est plus riche : en plus des textes, des images et des sons, nous y trouvons maintenant des vidéos, des cartes sur lesquels on peut placer des points de géolocalisation et surtout des mots-clés, qui caractérisent chacune des pages web et leurs permettent d’être retrouvées facilement par les moteurs de recherche.

Toutefois l’évolution majeure ne pas dans les contenus. Non, il y a mieux, car cette bibliothèque permet maintenant la création de clubs de lecture permanent autour de chaque livre, dans lequel tout le monde peut partager ses impressions, poser une question à l’auteur, échanger avec d’autres lecteurs, en recommander la lecture ou au contraire la déconseiller. Oui, l’énorme avancée du web fut sociale : cette avancée a permis la caractérisation d’une nouvelle version du web, qu’on appelle web 2.0, le web social.

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Ces clubs de lectures sont les commentaires qui sont indissociables des articles eux-mêmes. Tellement indissociables qu’ils sont parfois plus intéressants à lire que l’article publié, car ils permettent de voir comment les gens comprennent, analysent et jugent l’information diffusée. D’ailleurs, je parle maintenant d’articles, car le web 2.0 a permis l’apparition des blogs, les livres de notre bibliothèque ont donc évolués : ce sont des ouvrages collectifs. L’auteur n’est plus seul à remplir son livre… et les lecteurs ne sont plus isolés.

Ainsi la lecture est collective et le débat est souvent ouvert par la suite. Cela va amener une petite révolution dans les rapports des internautes à l’information.
Première conséquence de cette socialisation, et non des moindres, l’auteur n’a plus la possession de la valeur de sa production. Ce sont les lecteurs, par leur commentaires qui valident ou non la justesse d’une analyse, la pertinence d’une argumentation ou encore la vérité d’une histoire, le contrôle est permanent, le fact-checking est généralisé.
La deuxième conséquence, qui découle de la première, se situe au niveau de la diffusion de l’article. Un article intéressant, ou jugé comme tel par un lecteur, pourra être partagé, sur un autre site et ainsi gagner en lectorat. C’est ce qu’on appelle la viralité et c’est ce qui fait la extraordinaire force du web social : à partir d’une première diffusion, un document peut être recommandé et partagé par d’autres personnes qui vont le faire découvrir aux membres de leur réseau qui, à leur tour, le partageront s’ils l’en jugent digne… et ainsi de suite… C’est une diffusion exponentielle des contenus. Jusqu’à deux limites toutefois :

  1. La première est l’actualité des informations contenues dans l’article. Selon le sujet de l’article, la durée de vie peut être très longue et recueillir encore des lecteurs plusieurs mois et années après sa première publication. C’est le cas par exemple des recettes de cuisines ou des articles de blogs parlant bricolage : vous serez d’accord avec moi pour dire que les conseils pour repeindre un volet sont relativement stables dans le temps. Par contre si vous suivez un blog d’analyse politique, sur l’économie ou l’industrie par exemple, les articles voient leur pic de consultation sur les heures et jours suivant leur publication, pour ensuite tomber dans l’oubli. Pour ceux-là, ce sont les historiens qui seront heureux de les retrouver dans les archives du web.
  2. La seconde est l’atteinte des limites du lectorat potentiel. Cette seconde limite arrivera d’autant plus vite que l’article est technique et ne s’adresse qu’à un nombre restreint d’individus. Par exemple, un blog sur la mécanique automobile d’un modèle particulier n’intéressera que les mécano amateurs et possesseurs de cette voiture, a priori bien moins nombreux que les personnes cherchant les critiques d’un film-spectacle à gros budget par exemple.
    Mais je vous l’accorde, on pourrait trouver des contre-exemples à ces limites.

Le web ne s’est pas figé sur cet état, et nous assistons depuis quelques temps aux premiers pas du web 3.0, ce web que l’on appelle « web des objets ». Mais c’est une autre histoire, que nous aborderons la prochaine fois !


 

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