Vive Noël !

Vive NoëlQuoi ? Vive Noël ? Moi, je ferais l’éloge d’une fête religieuse et éminemment commerciale ? Mais ce serait alors renier mon anticléricalisme militant et mon dédain forcené de la folie sur-consommatrice…
Ben oui… n’empêche… je le crie : « Vive Noël !!!! ».

Parce que je garde un excellent souvenir des Noëls de mon enfance, qui n’avaient rien de religieux et auraient pu être bien plus commerciaux.
Parce que j’espère que d’autres vivent et vivront ce que j’ai pu vivre.
Parce que tous ces jeux de cache-cache enfants / parents, puis de complicité et de faux semblants sont merveilleux.
Parce que le rêve qu’apportent les parents à leurs enfants n’a pas de prix.

Voilà… j’ai aimé cette excitation du coucher le 24 au soir, et j’ai aimé cette excitation du réveil le 25 au matin.

Ô que j’ai aimé Noël.


 

Aux origines du Père Noël…

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Nicolas de Myre, Évêque de la ville de Myre en Lycie (la Turquie actuelle), est décédé le 6 décembre 325. On lui prête plusieurs miracles, dont celui-ci, qui lui valut de devenir Saint Nicolas, protecteur des tous petits :

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Depuis le Xe siècle en Allemagne, puis dans la Nord de l’Europe, jusqu’au Nord de la France, la tradition voulait que, chaque 6 décembre, Saint Nicolas passe dans les chaumières pour distribuer des friandises aux enfants sages.

Mais il est aussi accompagné par le Père Fouettard (depuis le XVIe siècle) qui distribue des coups de fouets aux enfants qui n’ont, au contraire, pas été sages. Cela arrive pourtant rarement, car Saint Nicolas permet aux garnements de s’amender et d’être pardonnés… comme le boucher de la légende… et, dit-on, ce serait lui le Père Fouettard, obligé d’accompagner Saint Nicolas dans ses tournées pour expier le triple infanticide dont il fut coupable.

Ainsi serait né le fameux couple distribuant récompenses et punitions pendant l’hiver…

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La Réforme protestante, impulsée par Luther en Allemagne, conteste les rôles patronaux des Saints, et remplace la célébration de Saint Nicolas par celui de l’enfant Jésus.

Tout cela se brouille : les catholiques francophones continuent de célébrer le personnage de l’enfant Jésus, qui passe mystérieusement dans la nuit distribuer des cadeaux, tandis que les anglophones suivent Santa Claus (Saint Nicolas en anglais), distribuant lui aussi des cadeaux aux enfants.

Au XVIIIe siècle, toujours en Allemagne, un processus de laïcisation est en cours : les symboles chrétiens sont remplacés par des figures issues du folklore germanique : les fées, les elfes, les lutins, et le Viel Homme de Noël (Weihnachtsmann) qui distribue, en traineau, des sapins décorés de cadeaux.

Puis la tradition s’exporte en Amérique du Nord, par les colons néerlandais, dans la ville qui deviendra New York. La fête de Saint Nicolas (Sinter Klaas) se développe après la guerre d’indépendance : le vielle homme à longue barbe récompensait les enfants sages et punissait ceux qui ne l’avaient pas été…

Le 23 décembre 1822 le pasteur américain Clement Clarke Moore publie un poème intitulé « A Visit from St Nicholas », introduisant les rennes et fixant certains éléments physiques du Père Noël. Le poème est publié l’année suivante dans les journaux, puis traduit et diffusé dans le monde entier.

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Le mythe moderne du Père Noël fait son chemin…

[singlepic id=188 w=316 h=400 float=right]Caricature de Thomas Nast, 1881

 
En 1850, aux Royaumes-Unis, on attribue aux « Livres de Noël », de Charles Dickens, l’abandon de la célébration de Saint Nicolas à celle de Noël.

A partir de 1860, pendant près de 30 ans, Thomas Nast, illustrateur pour des journaux américains, réalise des dizaines de dessins fixant l’image actuelle du Père Noël (ci-contre, l’une de ses gravures). C’est lui aussi, en 1885, qui établit la résidence du Père Noël au Pôle Nord.

Et Coca-Cola dans tous ça ? Eh bien, il s’avère que la forme et la couleur du Père Noël était fixées bien avant la création, en 1887, de la célèbre compagnie à l’étiquette rouge. Donc pas de rapport… Coca-Cola a simplement utilisé l’image du père Noël pour sa communication, comme l’ont fait d’autres entreprises, comme Michelin par exemple.

En France, Noël était fêté depuis longtemps pour célébrer la naissance du Christ, on s’y échangeait des cadeaux… Les catholiques ont longtemps cherché à résister au mythe du Père Noël, mais ils ont perdu le combat à l’issu de la Seconde Guerre Mondiale, pendant laquelle les Américains ont largement popularisé le rôle du vieil homme rouge en Europe.


 

Voilà pour l’évolution du mythe et de la tradition… Un mélange de catholicisme, de protestantisme, de paganisme… et maintenant de mercantilisme… Le Père Noël arrive même en Chine, bien loin de ses origines : une bonne occasion d’ajouter une raison de pousser à la consommation cette large population.
Il est intéressant de noter que ce sont en grande partie les artistes qui ont façonné le Père Noël que nous connaissons actuellement, et jusqu’à récemment : le neuvième renne, Rudolph, guidant ses collègues grâce à nez rouge et lumineux, est issu d’une histoire populaire américaine écrite en 1939 !
Ainsi, si l’on veut faire une synthèse de ce cheminement, on peut dire que :

  • La fonction vient de Saint Nicolas, saint patrons des jeunes enfants, distribuant des cadeaux aux enfants sages.
  • La forme vient du folklore germanique, et a été fixée au Etats-Unis dans le courant du XIXe siècle.
  • La date vient de la religion chrétienne, fixant la date de la naissance de Jésus Christ au 25 décembre (remplaçant une fête païenne célébrant solstice d’hivers, maintenant stablisé au 21 décembre, suite aux diverses amélioration du calendrier depuis l’époque de l’Empire Romain).
  • Le nom est d’origine romain, venant des Fêtes Natalienne, célébrant la (re-)naissance du Soleil, puis transformées en « Nataliennes du Sauveurs », et enfin devenant Noël en Français.
  • Les accessoires sont de différentes origines : le sapin et le traineau sont d’origine allemande, la chaussette pendue à la cheminée vient de Saint Nicolas (qui, apprenant qu’un père n’avait pas de quoi fournir une dot de mariage à ses trois jeunes filles, aurait jeté de l’argent dans leurs bas qu’elles avaient mis à sécher sur la cheminée.)…

La fête de Noël est donc issue d’une multitude d’influences et est le fruit d’un large processus culturel et religieux…

La place du Père Noël en France

Il est bon de noter toutefois que le Père Noël n’est pas adopté par l’ensemble du monde occidental. L’hémisphère sud est moins enclin à suivre cette tradition, pour des raisons évidentes de difficultés à lier Noël à l’hiver, puisque c’est l’été là-bas. Ainsi, en Australie par exemple, l’on fête Noël au travers du Christkind (l’Enfant Jésus), représenté sous la forme d’un ange, volant de maison en maison et déposant des cadeaux en faisant sonner sa cloche pendant la nuit…

Mais pour revenir en France, il faut, à mon sens, séparer deux vécus distincts de la fête de Noël : d’un côté l’aspect religieux, et de l’autre le côté fête populaire et familiale.

On a déjà parlé de l’aspect religieux de Noël. La nuit du 24 au 25 décembre serait donc l’anniversaire de la naissance de Jésus de Nazareth… Cette date aurait été fixée en 354 par le Pape Libère, permettant bien utilement de contrer quelques fêtes paiennes ayant court à cette période de l’année (notamment la célébration du solstice d’hiver dans l’Empire Romain, durant laquelle les enfants se voyaient déjà recevoir quelques cadeaux), mais personne ne sait exactement quand est né Jésus. Chacun s’accorde maintenant à dire que la date de Noël est symbolique : pause de la nature, espoir de la renaissance de la vie, période où les jours se mettent à rallonger, retour de la lumière, et la lumière est un symbole fort de la foi chrétienne.

Enfin, passons sur le culte chrétien, ce n’est pas celui-ci qui m’intéresse ici.

Ce qui m’intéresse est de savoir comment la fête de Noël est sortie du cadre uniquement religieux et ce qu’elle représente maintenant dans la société occidentale…

Noël, la fêtes des enfants, rassemblement familial par excellence, et ses symboles : le calendrier de l’Avent, la lettre au Père Noël, la couronne sur la porte, les décors dans la maison (et dehors !), le sapin (ses guirlandes, ses boules, son cimier), les chaussons à ses pieds, la dinde aux marrons, la bûche, les chocolats… et bien sûr les cadeaux !

Arrrrg… bon, il me faut — maintenant que j’ai listé ces éléments constitutifs de la tradition de Noël — refaire quelques digressions historiques et religieuses !

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L’Avent : ce calendrier-compte à rebourd, allant du dimanche le plus proche du 30 novembre (maintenant, on prend le 1er décembre, c’est plus simple) à la veille de Noël, existe depuis le Concile de Saragosse (en 380). Il matérialise la période du Carême de Noël pendant laquelle le croyant doit faire pénitence et réfléchir sur sa foi. Le terme vient du mot adventus, l’avênement de l’empereur.
La matérialisation du calendrier est assez récente. En 1908, un pasteur fait imprimer les premiers calendriers de l’Avent : 24 images étaient à détacher et formaient un poème religieux une fois assemblées dans l’ordre.
Mais c’est là encore après la Seconde Guerre Mondial que le calendrier a quitté ses motifs religieux et s’est développé.

La Lettre au Père Noël a cette particularité d’arriver à son destinataire quel que soit l’adresse notée sur l’enveloppe ! Le nombre de courrier envoyé au Père Noël par les petits français dépasse le million chaque année… On doit ce système à la pédopsychiatre Françoise Dolto, soeur du ministre des PTT Jacques Marette. Ce dernier organise, en 1962, un service spécial chargé d’ouvrir les lettres adressées au Père Noël pour trouver l’adresse de l’enfant et lui répondre.
Pour l’annecdote, au Canada, le code postal utilisé pour joindre le Père Noël au Pôle Nord est  » H0H 0H0″, selon son célèbre rire.

La couronne sur la porte est en relation directe avec la période de l’Avent : chaque dimanche de l’Avent, la tradition chrétienne veut que l’on allume une bougie rouge (couleurs du feu, de la lumière) sur une couronne de branches de pin (la persistance du pin évoque la confiance dans la vie, et le vert, l’espérance). Le rond de la couronne symbolise l’éternel recommencement de l’espoir apporté par le Christ. Cette tradition est d’origine allemande et remonte au XVIe siècle, mais sa forme moderne a été impulsée par un pasteur de Hambourg au XIXe siècle et a depuis évolué sous diverses formes : la couronne de l’Avent accrochée à une porte ou derrière une fenêtre est un signe de bienvenue pour les visiteurs…

Le sapin de Noël, on l’a vu, vient du Père Noël allemand. Mais bien avant, chez les celtes, l’épicea était l’arbre de la période de décembre, et il devint le symbole de la fête du Solstice d’Hivers et décoré de fruit et de blé. Toutefois, c’est au XIIe siècle que l’on retrouve sa trace, en Alsace, où les maisons sont habillées de branches de sapins décorées de pommes rouges. On retrouve les éléments verts et rouges vus sur la Couronne de l’Avent… Les sapins étaient coupés 3 jours avant Noël, et le décors de pommes tient son origine dans la célébration de Adam et Eve, le 24 décembre (sur l’ancien calendrier des saints). Le sapin est bien souvent coiffé d’un cimier, symbolisant l’étoile de Bethléem qui guida les Rois Mages.
Le sapin de Noël a été en concurrence avec la Crèche. Le premier est soutenu par les Protestants après la Réforme (1560) qui s’opposent à la crèche dont sont partisant les Catholiques. Et c’est la rencontre entre deux pays Protestants, l’Allemagne et l’Angleterre, qui popularisera le sapin de Noël, dans les années 1840, par le mariage en Angleterre du Prince Albert (allemand) avec la Reine Victoria qui adopta cette tradition de Noël et la développa dans son pays… En France, on doit aux réfugiés d’Alsace, après la guerre de 1870 contre la Prusse, le développement de cette tradition dans tout le pays.
Petit à petit, les pommes furent remplacées par des fruits artificiels, des boules de couleur rouge, et décorées de dorures. Des rubans, symbole de l’union, vinrent ensuite s’ajouter aux boules.

Les chaussons au pied du sapin, destinés à recevoir les cadeaux est une variation de la chaussette accrochée à la cheminée (dont l’origine remonte à la légende de Saint Nicolas, nous l’avons vu plus haut). D’une part parce que les cheminées sont rares maintenant dans les foyers français, et d’autre part parce que, si les chaussettes sont parfaites pour accueillir bonbons et petits jouets, l’augmentation des volumes de cadeaux nécessitent un réceptacle plus adapté ! Cela permet aussi aux jeunes enfants de savoir où sont les cadeaux qui leur sont destinés, sans avoir besoin de savoir lire le nom sur le paquet.

La dinde de Noël… Déjà, d’où vient la dinde ? Christophe Collomb, revenant du Nouveau Monde, apporte avec lui cet étrange animal comme preuve de sa réussite à atteindre les Indes et l’appelle : la poule d’Inde. Le gallinacé est fortement apprécié à la cour espagnole, se répand dans toute l’Europe et conserve depuis lors son nom erroné : dinde.
Auparavant, c’était une oie, « l’oiseau solaire », qui était partagée en famille à Noël. Mais dès que les qualités gustatives et diététiques de la dinde furent découvertes, elle prit place dans bon nombre de repas de fête. Charles IX la fit servir à son mariage en 1570 ; et aux États-Unis, aucune Thanksgiving ne s’imagine sans dinde…

La bûche de Noël, est une tradition propre aux pays francophones. Vraisemblablement, elle remonte aux festivités liées au solstice d’hivers puis a été reprise par la religion chrétienne voulant que la veille de Noël, le maître de maison mette à bruler un grosse buche devant se consumer pendant les douze jours de la période de Noël (jusqu’à l’Epiphanie, l’arrivée des Rois Mages). Au cours du XIXe siècle, avec la disparition dans grands âtres pour l’usage des poêles en fonte. La tradition est donc abandonnée, puis revient dans la première moitiée du XXe siècle sous la forme d’une pâtisserie servie en dessert : la « bûche de Noël ».

Les chocolats, eux-aussi originaires du Nouveau Monde et rapporté en même temps que les poules d’Indes, étaient consommés d’antant à l’occasion de grandes occasions, car très rares. Leur démocratisation ne date que du XXe siècle. Ils n’ont, à ma connaissance, pas de lien symbolique avec la tradition de Noël.

Je passe sur bien des éléments touchant à Noël, car je ne les ai pas vécus : la Sainte Barbe, la crèche et les santons, les 13 desserts et tout ce qui touche à la messe du 24 au soir.

Bref, revenons au fond de mon problème : nous sommes passés d’une fête, religieuse, vouée à un enfant, Jésus, à une fête commerciale, dont les enfants sont la justification !!

bonhomme_neige_seche_cheveux-garr-fr_ Oui, Noël n’a plus d’une très faible et lointaine connotation religieuse chez la majorité des gens. Seuls les pratiquants se rendent encore à la Messe de Noël, à minuit… et encore, bon nombre préfèrent rester au chaud devant leur télévision (ah ! le fameux bêtisier de l’année !). Un article du Figaro rapportait, en 2008, les propos du porte-parole du Vatican qui avait dénoncé « un signe de superficialité » traduisant « un manque d’attention à la sensibilité d’une large partie du pays » suite à la décision de TF1 de proposer un programme concurrent à la Messe de Noël : un concert de Michel Sardou. « Large partie » n’est pas « majorité » et TF1 a bien vu où était ses chances du plus fort audimat. Cette anecdote est révélatrice de l’évolution du rapport de la population à Noël, qui va de paire avec son rapport à la religion dans son ensemble.

Noël est maintenant perçu comme un moment familial, les cadeaux y sont attendus… C’est une vision festive plus que spirituelle que les Français attendent de cette date.
Mais c’est une vision commerciale qui s’impose à tous.


 

Et donc, je vous le demande…

Quel est l’intérêt de cette débauche de décorations extérieures installées par les municipalités et par les particuliers ??
Faire joli… voire… De la pauvre guirlande lumineuse faisant le tour d’un bâtiment sous la gouttière, aux flocons de neige (à l’échelle 500/1) en plastique bleu accrochés sous les lampadaires, j’en ai vu des villages enlaidis par ces installations faisant la fierté du Maire…
Je ne dis pas, certains décors sont vraiment bien faits. Il m’est arrivé de rester plusieurs minutes face à une maison pour admirer ses illuminations, légères, pensées, révélatrice d’un vrai sens artistique de l’habitant.
Mais je ne peux m’empêcher aussi de penser à ce (mauvais) film Voisin contre voisin dans lequel deux hommes se livrent à une surenchère dans les décors lumineux de leur pavillon pour gagner le titre de « Monsieur Noël »… Combien les gens sont prêts à dépenser en argent pour cette vanité toute personnelle ! Sans compter en plus les besoins électriques que ces décors nécessitent.

Au niveau des décors ponctuels, je préfère mille fois les superbes devantures de ces grands magasins parisiens qui émerveillent les enfants par leurs automates féériques en vitrine. La tradition au Boulevard Haussmann existe depuis plus de 50 ans… et vu le monde qu’elle attire (et la proportion entrant finalement dans les magasins !), ce n’est pas prêt de s’arrêter. Passer son dimanche à Paris s’impose au mois de décembre.

Et dans le même genre d’idée, que penser de ces catalogues des magasins spécialisés et des grandes surfaces, présentant des centaines de jouets et jeux en tout genres aux enfants… dès octobre !
Au delà du stéréotypisme social imposé par la séparation fille / garçon dans les catalogues (poupées poupons sur pages roses pour les filles, figurines guerrières sur pages bleues pour les garçons), cette débauche de jouets et de jeux a de quoi rendre fou les enfants et mettre en difficulté les parents…

Oui, l’observation empirique du contenu des poubelles le 26 au matin est particulièrement intéressante : le Père Noël n’a pas la même générosité dans toutes les familles… Entre l’enfant de chômeur qui recevra quelques voitures Majorettes, et l’enfant de cadre qui aura la dernière Wii, il y a un fossé révélant une dure réalité.
Le Noël commercial est là. Frappant toujours plus fort chaque année, commençant toujours plus tôt chaque année, enfermant les rêves de Noël dans une lutte à celui qui aura tel dernier jouet, telle dernière console…
Et c’est la force même des parents qui souffre. Cette force des parent qui veulent au travers de leur statuts de Père Noël faire plaisir à leur enfant, par un cadeau exceptionnel, une fois dans l’année, et qui se retrouvent indirectement jugés en fonction de ce que leur enfant a reçu.

Que cela soit dur, oui. Mais ce n’est pas une fatalité, et ce n’est pas une raison pour crier « A bas Noël ». Car je pense que les parents ont aussi le pouvoir de magnifier n’importe quel cadeau aux yeux de leur enfant, qu’ils ont le pouvoir de justifier un cadeau en trouvant les raisons que l’enfant pourra comprendre et qui le feront sortir de son rapport à la consommation.

Ainsi, je me souviens que ma mère m’emmenait dans les magasins « faire ma liste au Père Noël », mais toujours en me dirigeant vers les magasins et les rayons de jouets qui étaient en accord avec ses possibilités et sa conception de ce qui était un bon jouet pour moi. Voici un exemple de contrôle dont les parents sont dépourvus avec les catalogues commerciaux, et qu’ils seraient intéressant qu’ils se réapproprient…

D’après des statistiques datant du Noël 2006, sur leur liste de cadeaux, les consoles et les jeux vidéo arrivaient largement en tête, suivis des poupées (14%) et des jeux traditionnels (11%). Mais, comme le fait remarquer l’analyse des chiffre : « Hélas pour ces chers bambins, ils reçoivent 36% de livres et 29% de vêtement qu’ils n’ont jamais demandés ! »

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Et avec tout ça, je dis « Vive Noël«  ?

Noël, c’est la fête des enfants, c’est le rassemblement familial de l’année… et c’est la période de déprime pour ceux qui n’en ont pas, ou plus… C’est une remarque qui revient souvent sur les forums et qui est tout à fait compréhensible.

Entre ceux qui passent Noël sans enfants suite à un divorce ou un événement plus grave encore, ceux qui sont brouillés avec leur famille, ceux pour qui Noël rappelle un événement traumatisant, la liste des blessés à cette période doit être longue, et s’allonger d’année en année…

Noël est un moment de partage : on partage la joie des enfants, le plaisir de se retrouver en famille… Et ceux qui se retrouvent seuls le soir de Noël, pendant que tout le monde fait la fête, peuvent trouver de quoi se réjouir et se sentir utiles et aimés : le témoignage de Florence sur le site OnVaSortir.com illustre bien cette situation : « J’ai travaillé plusieurs Noël de suite avec des copines pour distribuer des repas chauds aux sans-abris et organiser des « sapins de Noël » pour les familles et bien c’était quand même une super fête pour tout le monde, pour les bénévoles comme pour les bénéficiaires et c’était des moments de joie magnifique, comme une trêve dans leur quotidien si difficile, on se prenait dans les bras, on s’embrassait et ils repartaient avec plein de choses positives dans leur coeur et nous disaient de grand merci… » et sa conclusion se veut positive : « Noël c’est au fond de son cœur avant tout et c’est pour chacun différent. »

Car, sans vouloir minimiser la douleurs de certains à l’approche de Noël, il s’avère très difficile de passer à côté de Noël, tant cette fête est répandue par chez nous. A moins de passer l’hiver en ermite au fin fond d’une montagne, c’est un Noël festif qui s’impose à tous qu’on le veuille ou non.

Mais la forme festive peut être diverse, et je suis persuadé que chacun, selon son cadre de vie, y a une place : la place qu’il souhaite prendre.

Après l’étude de la forme de Noël, entrons maintenant dans le concept moderne de cette fête : un vieil homme mystérieux, habitant on ne sait où (Pôle Nord ?), fait le tour de toutes les familles en une nuit, sur son traineau tiré par des rennes volants, et distribue cadeaux et sucreries aux enfants sages.

Histoire magique et magnifique, un joli conte à raconter le soir au coucher… mais qu’en penser lorsque cette histoire est déclarée vraie et mise en scène par les adultes ?

« Et puis, avec le recul, quelque chose me dérange vraiment aujourd’hui : profiter de la crédulité d’un enfant pour lui mentir concernant l’existence du Père Noël ! Après ça on dira qu’il faut faire confiance aux parents et que mentir c’est mal ! Que de désillusions, de larmes, le jour où l’on apprend la non existence du Père Noël ! » regrette Yveline sur le même forum.

Entre les parents qui disent tout de suite à leur enfant la vérité sur le Père Noël et ceux qui le font vivre à tout prix le plus longtemps possible, il faut se poser la question du rôle des adultes vis à vis des enfants sur le délicat sujet du Père Noël.

Le jeune enfant vit dans une part constante de rêve, qui lui permet de comprendre le monde que ses connaissances et sa raison ne peuvent expliquer, de la même manière que les adultes peuvent croire dans le message d’une religion pour comprendre leur monde.

C’est justement la naïveté de l’enfance qui permet de rêver… Il ne faudrait surtout ne pas lui enlever ça… Croire au Père Noël, c’est comme croire que Mickey existe vraiment à Disneyland, c’est comme croire qu’un monstre vit dans le placard de la chambre. Croire en la féérie du monde fait partie de l’enfance. Donc, pourquoi pas le Père Noël ?

Le problème se pose quand ces croyances sont imposées comme vraies, sans que l’individu, qu’il soit enfant ou adulte, n’ait la possibilité du choix et les outils de la réflexion.
L’habileté de beaucoup de parents est de ne jamais dire « oui, le Père Noël existe« , mais de toujours répondre aux interrogations de leur enfant par « Et toi qu’en penses-tu ?« , car tant que l’enfant veut y croire, il peut y croire.

Maintenant, d’aucuns pourraient me rétorquer que le problème de Noël est dans toute la mise en scène, le poids de la préparation de l’évènement, organisé par les parents et dont les enfants se trouvent être abusés.
Et cela rejoint la magnifique question posée sur le blog de Carabelle par un certain Thierry : « Rêver suppose-t-il mentir ? La magie de Noël suppose-t-elle nécessairement le mensonge ? »
Je laisse la question en suspend tant elle riche, elle fera l’objet d’un projet article.

J ‘affirme toutefois que le Père Noël n’est pas un mensonge.
C’est — au pire — une semi-vérité…
Les parents ont une multitude de fonction, pourquoi ne pas assumer celle de Père Noël, de Petite Souris, de Cloche de Pâques ? Le Père Noël existe. Pas sous le forme du gros vieillard rouge, mais par essence, chez tous les adultes aimant leur enfant. C’est devenu un symbole des liens parents-enfants.

Voilà, chacun est libre après tout de donner la signification et la forme qu’il veut à cette date… Rien, s’il le veut ; beaucoup s’il le veut. Et « beaucoup », ça englobe une foultitude de possibilités : beaucoup de cadeaux, beaucoup de pensées, beaucoup de guirlandes sur les murs de la maison, beaucoup de cartes de vœux, beaucoup d’huitres avalées…

Mais surtout, beaucoup de raisons de garder Noël pour son dénominateur commun quelque soit la culture religieuse ou athée de la famille : un merveilleux rêve et un merveilleux moment pour les enfants.

Donc : Vive Noël ! CQFD. :p

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Pour conclure, je ne résiste pas à la tentation de reproduire ici les calculs ô combien célèbres, mais tellement drôles, de quelques chercheurs du CNRS :

Il y a approximativement 2 milliards d’enfants de moins de 18 ans sur notre planète.

Cependant, compte tenu que le Père Noël ne visite pas les enfants Musulmans, Hindous, Juifs ou Bouddhistes, ceci réduit sa charge de travail pour la nuit de Noël d’environ 15%, soit 378 millions d’enfants en moins.

En comptant une moyenne de 3,5 enfants par foyer et en présumant que chaque foyer comprend en moyenne un enfant sage qui mérite un cadeau, cela revient à 108 millions de maisons.

Le Père Noël dispose d’environ 31 heures de labeur dans la nuit de Noël grâce aux fuseaux horaires et à la rotation de la Terre, dans l’hypothèse où il voyage d’Est en Ouest, ce qui paraît le plus logique.

Ceci revient à 967,7 maisons visitées par seconde.

Par conséquent, pour chaque foyer chrétien contenant au moins un 1 enfant sage, le Père Noël dispose d’environ 1 millième de seconde pour :
– parquer le traîneau
– sauter dehors
– dégringoler dans la cheminée
– remplir les chaussettes
– distribuer le reste des cadeaux (sans se tromper) au pied du sapin
– déguster les quelques friandises laissées à son intention
– regrimper dans la cheminée
– enfourcher le traîneau et passer à la maison suivante.

En supposant que chacun de ces 108 millions d’arrêts soient répartis uniformément à la surface de la Terre – hypothèse que nous savons fausse, bien sûr, mais que accepterons en première approximation -, nous devrons compter sur environ 1,4 millions de kilomètres par trajet. Ce qui signifie un voyage total de plus de 150 millions de kilomètres (sans compter les arrêts pour ravitailler ou faire pipi).

Le traîneau du Père Noël se déplacerait à la vitesse de 1170 Kilomètres par seconde, soit 3000 fois la vitesse du son. Pour comparaison, le véhicule le plus rapide créé par l’homme – la sonde spatiale Ulysse – se traîne à 49 kilomètres par seconde et un renne en pleine forme peut courir à 27 kilomètres à l’heure.

La charge utile du traîneau constitue également un élément intéressant. En supposant que chaque enfant sage ne reçoit rien de plus qu’une boite de jouet (moyenne 1 kilogramme), le traîneau supporte une charge de 500 000 tonnes, sans compter le poids du Père Noël lui-même.

Sur Terre, un renne conventionnel ne peut tirer que 150 kilogrammes. Même en supposant que le fameux « renne volant » serait 10 fois plus performant, le boulot ne pourrait jamais s’accomplir avec 8 ou 9 rennes : il lui en faudrait 360 000. Cela alourdit la charge utile de 54 000 tonnes supplémentaires nous conduisant tout bonnement à 7 fois le poids du Prince Albert (le bateau, hein, pas le monarque).

Mathématiquement, une masse de 500 000 tonnes, voyageant à une vitesse de 1170 kilomètres/seconde créerait une immense résistance à l’air. Celle-ci chaufferait les rennes, au même titre qu’un engin spatial ou une météorite entrant dans l’atmosphère terrestre. Les deux rennes en tête du traîneau absorberaient chacun une énergie calorifique de 14 300 millions de joules par seconde. En bref, ils flamberaient quasi instantanément, exposant dangereusement les deux rennes suivants et ainsi de suite. La meute entière de rennes serait complètement vaporisée en 4.26 millièmes de seconde, soit juste le temps qu’il faut au Père Noël pour atteindre la cinquième maison de sa tournée.

Pas de quoi s’en faire de toute façon, puisque le Père Noël, en passant de manière fulgurante de zéro à 1170 kilomètres à la seconde serait sujet à une accélération allant jusqu’à 17500 G. par seconde. Un Père Noël de 125 kilogrammes (ce qui semble ridiculement mince) se retrouverait plaqué au fond du traîneau par une force de 2 millions et 157 507 kilogrammes, écrabouillant instantanément des os et ses organes et le réduisant à un petit tas de chair rose et tremblotante.

C’est pourquoi si le Père Noël a existé, il est maintenant…décédé.

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